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Albert Nemo - JT007  

Journal International de Médecin   octobre 1994

Serial killers: Les drogués de l'hémoglobine

Il tue pour le plaisir la première personne qu'il rencontre sur sa route, ouvre le feu dans un Mac Donald,, mitraille les passants au volant de sa voiture... La psychose du tueur fou hante l'Amérique : jamais on en aura vu autant que dans la dernière dÈcennie et ce phÈnomËne pourrait bien gagner l'Europe. Portrait de ces multirÈcidivistes du meurtre, dont certains affichent plus de 200 victimes ý leur tableau de chasse.

La psychose du tueur fou hante l'AmÈrique : le FBI estime qu'ils sont entre 40 et 200 ý s'y promener en toute libertÈ, tuant chaque annÈe plusieurs milliers de personnes. Selon les mÍmes sources Ils Ètaient six fois moins nombreux il y a 20 ans et quasiment inexistant au 19Ème siËcle. Largement surÈvaluÈ par l'imaginaire mÈdiatique, romans de James Ellroy et films cultes comme "Le silence des agneaux", ce phÈnomËne commence cependant ý prendre des dimensions alarmantes. A tel point que dans les grandes villes AmÈricaines les forces de police exhortent les jeunes femmes ý la plus extrÍme prudence.

Parmi ces assassins d'un nouveau genre, apparaissent trois types bien diffÈrenciÈs : les Mass Murderers, les Spree Killers et les Serial Killers. Le Mass Murderer tue plusieurs personnes (au moins quatre)d'affilÈe dans un mÍme endroit, le Spree Killer quant ý lui commet plusieurs meurtres dans des lieux diffÈrents mais dans un laps de temps relativement court. Le Serial Killer tue pendant des mois voire des annÈes, jusqu'au jour o˜ il est arrÍtÈ. Contrairement aux deux premiers types de meurtriers, qui sont pour la plupart des psychotiques, vite mis hors d'Ètat de nuire, le Serial Killer est un psychopathe1,apparemment "sain d'esprit" et trËs bien organisÈ. Outre le nombre de meurtre ce qui dÈfinit le vrai Serial Killer, c'est qu'il tue pour le plaisir la premiËre personne qu'il rencontre sur sa route. Thierry Paulin, cÈlËbre pour avoir occis en 1986 une dizaine de vieilles dames, n'appartient donc pas ý cette catÈgorie, parce qu'il avait des prÈoccupations financiËres. Mais comme le souligne Michel BÈnÈzech, "les limites sont floues : on trouve une part de sadisme chez presque tous les meurtriers. Pour Michel BÈnÈzech, Les dictateurs, guerriers et autres agents secrets sont en fait des Serial Killers qui ont rÈussi ý donner une apparence professionnelle ý leur gošt du sang.

Si les meurtres d'enfants et les crimes sexuels plongent rÈguliËrement la France en Èmoi, nos tueurs hexagonaux n'arrivent pas encore ý la cheville de leurs homologues AmÈricains, la plupart ne frappent heureusement qu'une fois avant de se faire prendre. Pour Damien Kincher, spÈcialiste du meurtre au MinistËre de la Justice (FranÁais), " il s'agit encore d'un phÈnomËne spÈcifiquement AmÈricain75% des 200 Serial Killers recensÈs dans le monde Ètant originaires de ce pays. " Mais cela pourrait bien changer avec l'ouverture des frontiËres en Europe qui risque selon Michel BÈnÈzech2 d'entraÓner une grande augmentation du nombre de Serial Killers, qui passeront plus aisÈment ý travers les mailles des diffÈrentes polices nationales.
Cette prÈdominance AmÈrcaine s'explique aussi largement par les caractÈristiques de ce pays. Les homicides y sont d'une maniËre gÈnÈrale deux fois plus nombreux qu'en Europe. Ils ont quasiment triplÈ au cours de ces trente derniËres annÈes, et s'accompagnent de plus en plus souvent de violences sexuelles. Selon le Docteur Donald T Lunde de Palo Alto, collaborateur du FBI, une autre cause du dÈveloppement de ce phÈnomËne serait le puritanisme qui s'exerce actuellement aux Etats Unis. Le Serial Killer est un homme qui Ètouffe dans ce climat de rÈpression sexuelle et ne trouve pas d'autre moyen d'expression que le viol. Il y aurait mÍme une corrÈlation trËs nette entre le conservatisme des Etats et le nombre de crimes sexuels qui y sont commis.


Des individus trËs intelligents et presque normaux

Les Serial Killers ont un profil trËs diffÈrent de celui des autres criminels : ce sont gÈnÈralement des hommes proche de la trentaine de race blanche et d'une grande intelligence. Les Ètudes du FBI montre mÍme que les plus intelligents d'entre eux sont les auteurs de crimes sexuels. MalgrÈ ses prÈdispositions notre tueur, en raison de son caractËre asocial, connaÓt de nombreux Èchecs scolaires puis professionnels.

Pierre Chanal est un individu solitaire mais d'une discipline ý toute Èpreuve et trËs bien notÈ par ses supÈrieurs hiÈrarchiques . Qui croirait avoir affaire ý un pervers meurtrier? Pourtant il semble bien que cet adjudant chef soit ý l'origine des disparus de Mourmelon, ces 7 jeunes conscrits dont on n'a plus retrouvÈ trace. Reconnu coupable de viol et torture sur un jeune auto stoppeur Hongrois, son procËs est actuellement en cours. Pour mener leurs forfaits en toute quiÈtude, les Serial Killers sont de grands manipulateurs et adoptent souvent une image sÈduisante. Pour StÈphane Bourgoin, "rien dans leur comportement quotidien ne permet de les diffÈrencier de vous ou de moi, jusqu'ý ce qu'un banal accident dÈclenche l'explosion de violence". Ils inspirent une telle confiance que leurs futures victimes n'hÈsitent pas ý les suivre, s'apercevant trop tard qu'elles sont tombÈes dans la gueule du loup. Quand ils sont emprisonnÈs, ce sont souvent des dÈtenus modËles qui travaillent d'arrache pied ý leur future rÈinsertion et arrivent ý bÈnÈficier de remises de peine pour recommencer ý tuer de plus belle dËs leur libÈration.

Un insoutenable dÈsir de violence
Pour Michel BÈnÈzech, "la grande majoritÈ des Serial Killers sont des sadiques sexuels qui ont le sentiment d'exister par la mort et la domination de l'autre." Il pense mÍme que tuer provoque en eux une sorte de cataclysme Èmotionnel et un obscurcissement de la conscience, un phÈnomËne s'apparentant ý l'orgasme, familiÈrement appelÈ le syndrome de Dracula. Les tueurs en sÈrie sont rarement affectÈs de troubles mentaux ou de pertes Èpisodiques du contrÙle des pulsions agressives appelÈs Troubles Explosifs Intermittents( d'aprËs le DSMIII, manuel de psychiatrie AmÈricain) . Lorsqu'ils sont jugÈs, ils sont d'ailleurs presque toujours dÈclarÈs parfaitement responsables de leurs actes et condamnÈs ý de lourdes peines.

Pour assouvir leur besoin de violence, les Serial Killers s'intËgrent souvent dans des milieux professionnels favorisant l'accomplissement de leur vocation. PrËs de la moitiÈ d'entre eux ont embrassÈ une carriËre militaire. Un dixiËme des Serial Killers sont issus de professions paramÈdicales, comme ce cher docteur Petiot qui exerca dans les annÈes 40 ou ces infirmiËres de la mort qui distribuent alËgrement pentothal et valium aux malades tardant un peu trop ý passer l'arme ý gauche. Michel BÈnÈzech n'y va pas par quatre chemin pour expliquer ce phÈnomËne : " Une personnalitÈ sadique trouvent dans ces professions un indÈniable exutoire ý leur dÈsir de profanation du corps de l'autre tout en donnant des apparences altruistes ý ses coupables penchants. "


Les pulsions sadiques s'accompagnent souvent d'un masochisme tout aussi effrÈnÈ. L'enquÍte du FBI nous apprend qu'un tiers d'entre eux se sont automutilÈs. Albert Fish, le recordman des Serial Killers avait ainsi ingurgitÈ une trentaine d'aiguilles de fer qui provoquËrent un court circuit de la chaise Èlectrique lorsqu'on voulut l'exÈcuter. VÈritables droguÈs de l'hÈmoglobine, n'ayant plus aucun contrÙle sur leurs pulsions, certains Serial Killers sont mÍme soulagÈs d'Ítre arrÍtÈs dans leur course vers la mort.


Claude BALIER, responsable du service psychiatrique de la maison d'arrÍt de Varces (IsÈre)spÈcialisÈ pour les dÈtenus violents, est formel pour dire que" le sadisme va souvent de pair avec un comportement trËs ritualisÈ", une hypothËse qu'il voit confirmÈe par le fait que beaucoup des Serial Killers mutilent leurs victimes, conservent puis dÈgustent certains morceaux choisis. Ceux-ci affichent Ègalement une nette prÈfÈrence pour les armes blanches qui leur permettent un contact plus rapprochÈ avec la victime. H. H. Holmes, Serial Killer de la fin du 19Ème siËcle, s'Ètait mÍme fait construire un ch’teau truffÈ de piËges pour pouvoir jouir en toute aisance de la souffrance de ses victimes.

Un comportement qui prend sa source dans l'enfance

Votre enfant non content de faire pipi au lit, aime torturer les animaux et jouer avec le feu ? Il y a toutes les chances selon les psychiatres AmÈricains pour qu'il soit un sadique en puissance. On savait depuis longtemps que le milieu familial jouait un grand rÙle dans le dÈveloppement d'un individu les parents maltraitants ayant pour beaucoup ÈtÈ victimes d'abus pendant leur enfance. Claude Balier nous apprend que c'est ce mÍme milieu familial qui favorise le dÈveloppement de tendances sadiques.

La plupart des serial killers interrogÈs par le FBI ont connu dans leur enfance de profondes carences affectives qui les ont conduits ý s'isoler totalement de la sociÈtÈ et ý se plonger dans une intense vie fantasmatique. Plus de la moitiÈ d'entre eux proviennent d'une famille monoparentale et ont ÈtÈ victimes d'abus sexuels pendant leur enfance. Pour fuir ce contexte dÈfavorable, selon le professeur Stanton E. Samenow psychaitre dans un hopital pÈnitentiarie de Washington, les Serial Killers sont "depuis leur ’ge le plus tendre ý la recherche d'activitÈs qui les Èlectrisent., se trouvant trËs vite pris dans une escalade progressive de leurs forfaits." Pour Michel BÈnÈzech se fait fort de dÈduire le milieu familial dans lequel a grandi un meurtrier d'aprËs son comportement : s'il a eu une mËre malade mentale, il aura toutes les chances de devenir un tueur psychotique. S'il n'a pas connu son pËre, il aura plutÙt tendance ý se transformer en psychopathe.

StÈphane Bourgoin explique cette envie de domination par un profond sentiment d'impuissance dont ils veulent se venger sur des victimes expiatoires : la moitiÈ d'entre eux avouent ne pas avoir connu de vie sexuelle "normale" avant leur passage ý l'acte et ils ne peuvent souvent faire l'amour qu'avec des partenaires rÈduits ý l'impuissance, Èvanouis ou morts. Leur obsession morbide rÈsulte souvent d'un traumatisme ou d'une grande dÈception survenue dans la prime enfance ou dans l'adolescence. Ted Bundy, exÈcutÈ en 89 et soupÁonnÈ d'avoir tuÈ une cinquantaine de jeunes femmes, entreprit sa sanglante croisiËre ý la suite d'une dÈception amoureuse. Certains ont cependant des motivations plus prosaÔques; StÈphane Bourgoin dans son livre sur les tueurs en sÈrie rapporte ainsi le cas du Mad Bomber qui terrorisa New York entre 1940 et 1956 en dÈposant une trentaine de bombes, voulait se venger du licenciement abusif dont il avait ÈtÈ victime.

MÈgalomanie et dÈlire mystique

StÈphane Bourgoin insiste sur le fait que les Serial Killers ont besoin de voir leur puissance reconnue, certains allant mÍme, comme Francis Heaulme, un tueur en sÈrie FranÁais dont le procËs va bientÙt s'ouvrir, jusqu'ý s'attribuer plus de crimes qu'ils n'en ont rÈellement commis. Ceux-ci n'hÈsitent pas non plus ý narguer la police en lui fournissant des indices, comme s'ils puisaient des forces supplÈmentaires dans les dispositifs mis en place pour les capturer. Une soif de reconnaissance qui heureusement finit souvent par les perdre.

D'autres Serial Killers se sentent investi de la mission de purifier le monde de tous les individus qu'ils considËrent comme dÈgÈnÈrÈs; aussi n'est-ce pas un hasard s'ils s'attaquent en prioritÈ aux symboles de la dÈcadence des moeurs : prostituÈes et homosexuels... Ils veulent se venger de la sociÈtÈ qui a dÈtruit leur innocence enfantine. On a mÍme vu fleurir aux Etats Unis quelques sectes de Serial Killers pratiquant des cultes sataniques et ayant une idÈologie plus ou moins nÈo nazie. Celle de Charles Manson fit grand bruit ý la fin des annÈes 60 en assassinant Sharon Tate. Au dÈbut de la dÈcennie suivante une sociÈtÈ secrËte de militants noirs assassina une soixantaine de personnes de races blanche ý San Francisco. Mais une question se pose alors : S'agit-il encore de Serial Killers ou de terroristes?


La sociÈtÈ AmÈricaine faite de bruit, de violence tÈlÈvisÈe sur fond de sexe et de racisme apparaÓt comme un terreau favorable ý de telles conduites. Ce n'est pas la premiËre fois qu'on aura vu les hÈros du petit Ècran et autres Starky et Hutch faire des Èmules chez des individus ý la recherche d'Èmotions fortes!!


EncadrÈ : Les mÈthodes du FBI

Les Serial Killers reprÈsentent une menace d'autant plus sÈrieuse qu'ils sont trËs difficiles ý apprÈhender : ils n'ont la plupart du temps aucune relation connue avec leurs victimes et qu' ils sont trËs mobiles, voyageant d' Etat en Etat. Et lorsqu'on les arrÍte pour un meurtre, il est trËs difficile d'apporter la preuve de leurs autres forfaits. Certains Serial Killers sont restÈs en libertÈ pendant des annÈes, aucun lien n'ayant pu Ítre Ètabli entre leurs diffÈrents crimes.
DËs qu'ils sont libÈrÈs, la plupart des Serial Killers recommencent aussitÙt ý tuer. Ce qui fait penser ý la plupart des psychiatres qu'ils sont insoignables et ne perdront jamais leur gošt pour la chair fraÓche.

Pour mieux traquer les Serial Killers le FBI a crÈÈ en 1985 le National Center for the Analysis of Violent Crimes(NCAVC) qui est un des plus bels exemples de police scientifique. Il dispose de deux outils permettant d'identifier les Serial Killers, le Violent Criminal Apprehension Program (VICAP) et les portraits robots psychologiques. Le VICAP est un programme d'ordinateur destinÈ ý collecter des donnÈes sur les crimes violents. Chaque enquÍteur local remplit un questionnaire qu'il envoie ensuite au National Center, celui-ci est alors rentrÈ dans la base de donnÈes et comparÈ ý l'ensemble des autres crimes non ÈlucidÈs afin de retrouver les crimes ayant les mÍmes caractÈristiques. Des rÈunions sont alors organisÈes entre les forces de police des Etats dans lesquels ils ont ÈtÈ commis.

Le FBI recourt Ègalement ý son "Behavioral Science Unit" , formÈe de psychiatres et de spÈcialiste en criminologie, pour dresser le portrait psychologique des meurtriers non-indentifiÈs. Cette unitÈ procËde par ailleurs ý l'interrogation systÈmatique de tous les meurtriers arrÍtÈs afin d'en dÈduire des lois psychologiques : Lorsque la victime est rendue mÈconnaissable, cela permet de prÈsumer d'une connaissance prÈalable entre celle-ci et son assassin. Trop de propretÈ indique que son auteur est sorti d'un hÙpital psychiatrique depuis moins de six mois.

Plus de mille meurtres lui sont soumis chaque annÈe et dans 77% des cas le portrait s'est rÈvÈlÈ exact. Depuis quelques annÈes des programmes Èquivalents existent en Angleterre ou au Canada, pays o˜ les collaboration entre policiers et psychiatres sont beaucoup plus anciennes qu'en France.


Bibliographie:

Un livre vient rÈcemment d'Ítre publiÈ aux Èditions JC LattÈs avec le journal de Jack l'Èventreur, le premier vrai tueur en sÈrie qui hanta les rues de Londres ý la fin du 19Ème siËcle.

Brian Lane Wilfried Gregg: EncyclopÈdy of serial killers Headline publisher London 1992
BALIER C. : Psychanalyse des comportements violents Presses Universitaires de France 1988
Donald T Lunde : Murder and madness 1976
Stanton A. Samenow: Inside the criminal mind 1984
Jack Levin, James Alzan Fox : Mass murder : America growing menace Plenum Press USA 1985
L'auteur AmÈricain de romans policiers James Ellroy a fait de nombreux portraits de Serial Killers saisissant de vÈritÈ :
Un tueur sur la route Rivage Noir 1989
Lunes sanglantes
La criminologie reste assez peu dÈveloppÈe en France, on trouve cependant un rÈcent Centre International de Science Criminelle de Paris
17 rue du prÈsident -Kruger 92400 Courbevoie tel:46699262

1 La psychopathie est un trouble de la personnalitÈ se manifestant essentiellement par des comportements antisociaux alors que la psychose se caractÈrise par une altÈration profonde de la personnalitÈ dont les rapports ý la rÈalitÈ sont bouleversÈs.
2Chef du service psychiatrique de la maison d'arrÍt de Draguignan et un des rares spÈcialistes FranÁais de ce phÈnomËne,


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