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Stefan Jaffrin

UNE HANCHE POUR REVIVRE

Descente au bloc opératoire


Des coursives ménent au premier sous-sol Les portes s'ouvrent automatiquement sur des couloirs jaune, très fortement éclairés par les néons. Contrairement aux étages où règne une forte agitation, le silence domine, les bruits des pas étant assourdis par les chaussons.. Des courants d'air froids traversent les pièces. Par delà cette porte l'hygiène doit être parfaite, aucun microbe ni bactérie ne doivent circuler. Cette stérilité parfaite est nécessaire pour éviter tout risque d'infection.. Les médecins se dirigent vers les vestiares. En effet chacun doit enfiler des pyjamas verts, mettons des chaussons de plastique et couvrir sa tête d'un bonnet en papier dont aucune mèche de cheveux ne doit dépasser. Une bavette recouvre la bouche et le nez. A gauche les deux salles de réveil. Des infirmières surveillent de leurs consoles une dizaines de corps inanimés en discutant ou en parlant à certains malades qui émergent peu à peu de leur sommeil de plomb. Les opérés y séjournent de une heure à plusieurs jours afin d'éviter tout problème post opératoire. On leur laisse leur intubation et leur rythme cardiaque est surveillé, jusqu'à ce qu'ils aient parfaitement repris conscience . C'est là également qu'arrivent les accidentés et polytraumatisés, directement amené par le SAMU. Celui-ci s'est enqui des disponibilités de chaque hôpital et l'a averti de son arrivé. Les malades ont été préalablement stabilisés et conditionnés sur les lieux de l'accident et sont prêt à être opérés. dans les minutes ou les heures qui suivent.. Il ne faut pas attendre plus longtemps,

Parqués le long du couloir, des petites tables munis d'e chaussiéres, et de lacets. Ce sont les tables d'opération. les différents instruments utilisés.. Un homme est en train de les remonter. Philippe est monteur, c'est à dire qu'il est chargé de de préparer l'ensemble des installations pour chaque opération. C'est lui qui est responsable de la mise en état du matériel et de son adaptation à chaque malade. Suivant le type d'opération on utilisera différents type de table. Les fracture du fémur se réduisent sur des tables qui permettent de faire bouger les jambes à l'aide de manivelle. Pour les rachis[1] le malade est allongé de dos et il faut pouvoir bouger la table à la place du corps pour éviter de léser la moelle épinière[2].

Nous passons les blocs opératoires septiques, réservés aux malades infectieux ou aux amputations. Chaque spécialité chirurgical possède ses propres blocs qui sont équipé différemment. Une coupole de verre permet de voir l'ensemble du bloc opératoire et l'activités incessante qui y régne. Sur un brancard, une vieille femme qui geint doucement: "Minou est resté tout seul, il faut aller le nourrir." Elle regarde l'air épouvantée ces personnage à l'allure de martien.. "Ca s'est notre prothèse pour tout à l'heure." Jusque dans les années 50 la fracture du col du fémur chez les personnes âgées entraîner presque invariablement leur mort. Au delà de soixante ans, l'individu n ne fabrique plus assez de calcium pour permettre la reconstitution de l'os. Les prothéses de hanche sont aujourd'hui devenue une des prothèses les plus répandues. La moitié des femmes âgées de plus de 80 ans ont une fracture du col du fémur.

Dans une petite salle à manger, genre kitchnette des années 50, un groupe de panseurs, d'anesthésistes et de monteurs discutent le bout de gras.. en sirotant les jus de fruit "Ca fait deux heures qu'on vous attend!" En effet les internes et chefs de cliniques semblent toujours débordés, mais n'ont, semble-t-il, qu'une très vague notion des horaires.

Chacun prend son café pour tenir le coup. Hormis les infirmières qui font des journées de huit heures, les médecins passent souvent plusieurs dizaines d'heure d'affilé à opérer. En plus de leur service notrmal, ils doivent assurer 7 jours de garde par mois, pendant lequelles ils restent 24 heures d'affilées. passant parfois autant de temps dans le bloc opératoire. "Déjà dix heures! on aura pas fini d'opérer avant six heure demain matin, pourvu qu'il n'y ait pas un accident grave dans les heures qui viennent sinon il est pour nous."

La préparation de l'opération:

Action, on y va. Chacun ajuste sa "bavette". Reinhard Zeller le chef de clinique est accompagné de Patrice Ozorovitch et de Jean Philippe , externe en troisième année de médecine. La médecine et surtout la chirurgie se pratique comme un compagnonnage, chaque aîné apprenant à son cadet.

Des aides soignants sont en train de terminer de laver la salle d'op'. Chaque instrument est amené dans l'enclave à stériliser, sorte de grosse marmite.

Première opération, une ablation de broches.

La vieille femme a été amené dans le bloc opératoire Ndeg.2. "Combien de temps ça va vous prendre", demande l'anesthésiste. L'infirmière anesthésiste approche le masque à oxygéne, surmonté d'une grosse poche qui ressemble à une cornemuse. La malade à un mouvement de recul puis se laisse aller. "Attention ça va faire froid" La panseuse, munie d'une bassine d'iode[3] asperge sa fesse gauche. L'anesthèsiste plante une seringue dans le cathéter [4]. "Dans deux minute vous serez parti" Il faut pas trop lui mettre de pento, on sait jamais, à cet age , ça peut craquer. Dans ce cas là les chirurgiens la recoudront très vite et la ramèneront en salle de réveil. L'externe dispose sur une table roulante l'ensemble des instruments chirurgicaux: Des ciseaux et des pinces à os, des rugines,

Nous nous lavons soigneusement les avant bras et les mains , gràce à des savons iodés. Dorénavant, il ne faut plus rien toucher. "Surtout ne pas toucher le robinet, sinon il faut recommencer toute l'opération." Chacun enfile maintenant une cagoule, un justaucorps recouvrant le pyjama et deux aires de gants,les panseuses aidant à les ajuster. Elles-même ne subissent pas le même traitement. parce qu'elles doivent assurer le lien entre les chirurgiens et le reste du bloc, c'est à dire leur donner les instruments stériles, aller chercher des renforts de compresses. L'interne explique précautionneusement à Jean Philippe chacun des gestes: C'est la premiére fois qu'il assite à une opération. Il en fera bientôt plusieurs centaines. Patrick le prévient: "Tu as cinquante pour cents de chances de tomber dans les pommes, dans ce cas là fais un pas en arriére pour ne pas tomber sur l'opéré." Rien n'est rituel ici, si tu fais une erreur, dis le nous et recommence tout." Maintenant il faut précieusement joindre ses mains et les garder à la hauteur de sa poitrine. Jean Philippe tente de se gratter le nez, il sera bon pour recommence. L'homme jeune est amené sur la tanble , mis dans différentes positions pour trouver la meilleure prise. L'anésthésiste lui scotche les paupiéres puis lui recouvre le visage de coton. Pendant l'opération, les chirurgiens risqueraient de lui donner un coup.. Des champs stérile sont étalés sur la table. Ce sont des minces pellicule de papier bleue. Elles permettront d'isoler lee reste du corps du malade de l'endroit à opérer.

Après un premier coup de bistouri pour marquer précisément la zone à ouvrir, l'interne se saisit d'une sorte de fer à souder, le bistouri èlectrique. Une mince pellicule de sang s'échappe de la peau. Celui-ci en entrant au contact des chairs les brûle, tout en cautérisant les vaisseaux pour atténuer le saignement. n A intervalle régulier Jean Philippe tend un ciseaux pour ligaturer les vaisseaux. L'ouverture doit se faire progressivement afin que les anesthésiste aient bien le temps de suivre les réaction du malade. Une couche blanchâtre apparaît, c'est le gras qui dégage une odeur désagréable de merguez. . Nous atteignons les muscles maintenant qui résiste davantage. Reinhart Zeller à l'aide écarte bien les peaux pour que l'on puisse accéder à l'os. L'os apparaît rougeatre, couvert de chairs.. une pince à os permet de l'extraire et de mieux mettre l'articulation en évidence. Le sang coule maintenant à gros bouillons. tandis que la perfuseuse inject du sang neuf à la vieille dame.. Patrick Ozorovitch place des compresses.. On sent sous la chair trembler l'artére fémorale, un des principaux canaux de sang de l'être humain. Sa tête de fémur s'est cassée nette dans le cotyle., quelques fragments d'os s'y étant introduit. Reinhard Zelle reprend les insturment des mains de l'interne. Surprise , sa tête de fémur est minuscule. : Du 41. Il appel Patricia la panseuse pour lui demander les prothéses. Elle occupe ses temps morts de la lecture de Sciences Humaines qu'elle a acheté en kiosque voici quelques semaines. Elle apprend soigneusement les origines de l'homme. De l'autre côté, les anesthésistes surveillent le rythme cardiaque de l'opérée en se racontant des hisotires drôle.s "Nous n'avons que du 45". Pourtant une seule solution,il faut opérer cette femme tout de suite. Pour cela il faudra donc faire une prothése totale, c'est à dire rempacer légalement le cotyle, pourtant en bonne état. Mais c'est ça la médecine: Savoir ^prendre des décisions rapide avec un nombre restreints de possibilités. Il retire la tête et la pause sur la table où elle roule comme une boule de billrd contre les compresses. Avec une petite scie à métaux il découpe le cotyle

Après cette petite intervention l'équipe des médecins partent manger à la Salle de Garde, sorte de mess des officier dans une petite maison rococo. La porte s'ouvre sur une cuisine ou une grosse madonne noire fait la tambouille. Une hygiène très approximative contraste avec celle impeccable de l'hôpital. Elle nous accueille en ronchonnant. "Il est plus de dix heure, ça fait longtemps que je devrais être parti." Nous entrons dans un réfectoire aux murs bariolés de dessins obscènes et de graffitis.

Il est cinq heure, les opérations sont terminées. Le chef de clinique Zeller va pouvoir aller se coucher pour quelques heures. Il reprend sa prochaine opération à 10 heure ce matin. Dans deux jours il pourra rentrer chez lui. Je repasse aux urgences. Le derniers cas vient de partir, les agressions se terminent. Dans la salle de repos, une petite fête réuni surveillants, infirmières et interne pour le départ de leur collégue dans un autre service. Champagne,salami et blagues salaces. L'hôpital est vraiment un lieu de vie et de mort.

[1] rachis cervicale, c'est à dire les opération sur la colonne vertébrale pour lesquels le service du professeur Roy Camille est spécialisé.

[2]ce qui entraînerait la paralysie du patient

[3] pour stériliser la partie à opérer

[4] mince tube plnté dans la main ou le bras du patient destiné à l'alimenter en glucose.