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Le manuel d'écriture de JT007LES MOTS POUR LE DIRE
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DEVELOPPER UNE INFORMATION
« Il faut écrire avec les mots de tous les jours, mais comme personne. » (Colette)La richesse du vocabulaire est nécessaire pour bien exprimer sa pensée mais elle n'est pas suffisante. Il est fréquent d'entendre "bien parler" à mauvais escient et même improprement :
effectuer au lieu de faire, conférer/donner, solutionner/résoudre, réceptionner/accueillir, conjoncture/situation etc.La presse à gros tirage tend vers la pauvreté du langage... La presse en général reprend fréquemment les mots ou les expressions au goût du jour :
s'éclater, surfer, au niveau de, le look, un challenge, ce n'est pas ma tasse de thé, incontournable, convivial, pas d'état d'âme au niveau du vécu, sans parler des jupettes et autres balladurettesC'est aussi le règne du langage des spécialistes de la communication (les mots bronzés, les expressions boursouflées) :
déficit de communication, compression de sureffectif, dégraissage, croissance négative, signal fort, aller dans le mur, technicien de surface, demandeur (sinon chercheur) d'emploi, eurosceptique...
emblèmes de l'aujourd'huité (sic).Il faut trouver le mot juste.
Auparavant, il faut distinguer les mots isolés dans la structure de la phrase. A première vue, on peut les répartir en deux catégories : les "mots creux" ou vides et les "mots pleins". Attention, il ne s'agit pas d'une opposition entre les mots qui ne voudraient rien dire et ceux qui seraient lourds de signification !C'est une manière de distinguer :
- d'un côté, les noms et les verbes qui sont la "chair" de l'information et qui constituent une réserve inépuisable.
- de l'autre, les mots qui les caractérisent (articles, adjectifs, pronoms, adverbes) et les mots de liaison (prépositions, conjonctions).
Aujourd'hui, ce sont les mots pleins qui nous intéressent.
A. DES MOTS PRECIS ET CONCRETS
Les mots ont du sens, mais ils n'ont pas qu'un sens : ils sont polysémiques. Ils dénotent et ils connotent.DU SENS DES MOTS
OBJECTIF
SUBJECTIFSens général ou notionnel, qu'on trouve dans le dictionnaire
Sens social ou "mythique" lié aux représentations collectives
Sens contextuel déterminé par ses relations avec les autres mots énoncés
Sens expressif choisi pour provoquer une réaction chez l'interlocuteur
L'écriture journalistique est soucieuse d'efficacité. Elle est fonctionnelle. L'essentiel, c'est avant tout la rigueur et la justesse de l'expression. Tout mot inconnu est un obstacle pour le lecteur.
- Attention ! Ne jamais employer un mot que l'on ne connaît pas ou mal.Le vocabulaire doit être limpide, donc relativement simple (sans être pauvre), mais cela n'empêche nullement la précision.
Choisir les mots concrets et précis, l'expression juste, plutôt que la recherche de l'originalité avec des mots ou des expressions difficiles ou inadéquats (par ex. choc plutôt que traumatisme, sévère plutôt que drastique).- Mots précis Employez un vocabulaire précis
- Evitez les verbes plats ou faibles (être, avoir, dire, faire) : ils peuvent être remplacés par des verbes plus précis et connus qui évitent de nombreux compléments.
Exemples
«composer (ou réaliser) une oeuvre de longue haleine est une tâche des plus ardues pour un tempérament impulsif» plutôt que: «faire une oeuvre de longue haleine est une chose des plus ardues pour une personne impulsive».
signer (plutôt que faire) une alliance
exécuter (plutôt que faire) un travail
le débat tourne autour (plutôt qu'il y a un débat sur)- Evitez les termes vagues (il y a, personne, gens, chose, etc.) La richesse de la langue offre le choix entre de nombreuses nuances. L'usage d'un dictionnaire des synonymes est recommandé.
- Au cas où le mot n'a pas de synonyme, utilisez une périphrase : Ex. "le maire de...", c'est aussi "le premier magistrat de la ville", "le patron de l'Hôtel de Ville", "le responsable politique de la commune", "le chef des élus locaux"...
Antéposition de l'épithète : la place de l'adjectif par rapport au substantif dépend de plusieurs facteurs (sémantique, syntaxique, stylistique).
Il faut mettre les adjectifs à la bonne place :
Place fixe : Un grand déménagement / Une admirable foulée
Place indifférente : Une apparition rapide / Une rapide apparition
Antéposition pertinente :
- un adjectif placé avant le nom prend souvent un sens figuré (un grand homme , un homme grand).
Un vieil ami / Un ami vieux
Une pauvre fille / Une fille pauvre
Un petit commerçant / Un commerçant petit
Une sacrée montagne / Une montagne sacrée- La presse sportive (en particulier) use beaucoup de l'antéposition
Gigantesque bataille à Wembley / Foudroyante attaque de Miguel Indurain / Superbe service de Sampras / etc.- Mots concrets
Préférez les mots concrets aux mots abstraits
- Ex. Evitez les mots dérivés en ìtionî, ìmentî ou "ité".
Remplacez-les par un verbe (disséquer plutôt que pratiquer une dissection)- Les termes techniques
- il faut les expliquer surtout s'ils sont nouveaux ou difficiles
- un mot technique, une fois expliqué, évite les périphrases et les approximations
- Attention aux jargons : langue de bois, mots "chébrans" (flipper, ça craint etc.), langue administrative... qui ne sont pas compris par la majorité des Français.
- Evitez en principe les archa-smes, les mots étrangers ou régionaux, sauf à dessein. Alors expliquez-les.Avant tout, des mots simples, concrets et exacts !
B. DES MOTS EXPRESSIFS
- L'écriture journalistique n'admet pas les fioritures, ce n'est pas de la littérature. Néanmoins, pour éveiller "l'intérêt humain" du lecteur, il faut une écriture vivante, qui évoque, donne à voir. Il faut faire appel aux comparaisons, images, métaphores...
Exemples :
a) quand Libé file la métaphore La course aux élections présidentielles (Chirac/Balladur)
« Edouard Balladur et Jacques Chirac ont chacun leurs pyromanes. Avec un scénario bien rodé. Quand l'un d'entre eux sort ses allumettes, l'autre allume un contre-feu. Et vite fait, Matignon comme l'Hôtel de Ville dépêchent des pompiers pour éviter un embrasement général du RPR. »
b) dans L'Express « Elle sont ministres, députés ou présidentes d'associations. Elles roulent pour le PS, l'UDF ou le RPR. Mais elles tricotent un discours parfaitement oecuménique : la proportion des femmes élues en 1986 à l'Assemblée nationale sera ridiculement basse. Car les hommes politiques se comportent en petits propriétaires, agrippés à leur lopin électoral. »La comparaison et la métaphore sont les deux figures de style les plus fréquentes.
- la comparaison
C'est le rapprochement de deux entités du même ordre, la mise en parallèle de deux termes au moyen d'une marque de comparaison (verbe, adverbe ou locution) :
- comparaison simple : malin comme son père
- comparaison figurative : malin comme un singeLes marques de la comparaison sont : comme, tel, même, pareil, semblable, ainsi que, mieux que, plus que, sembler, ressembler, simuler, être...
Exemples :
«La parole est comme une rivière qui porte la vérité d'une âme vers l'autre, le silence est comme un lac qui la reflète et dans lequel tous les regards viennent se croiser. »
« Il pleure dans mon cúur / Comme il pleut sur la ville»
Verlaine
« Elle a passé la jeune fille / Vive et preste comme un oiseau» Nerval
«Quand s'ouvre comme une croisée sur un jardin nocturne - la main de Jacqueline." A. Breton- la métaphore
C'est une image littéraire : introduction d'un autre sens (que le sens littéral), d'un sens figuré, analogique, symbolique, "métaphorique" dans un mot, un groupe de mots... Il s'agit d'une comparaison elliptique qui peut aller jusqu'à confondre totalement les deux réalités.
Les métaphores abondent dans le langage courant et dans le langage technique
Exemple
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne (Apollinaire)
J'écris dans un pays que les bouchers écorchent
Aragon, le Musée Grévin (il s'agit de la France sous l'occupation)
Nous fumons tous ici l'opium de la grande altitude
Michaux, la Cordillera de los Andes (pour l'altitude nous enivre)
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut (Rimbaud)Attention ! les métaphores émeuvent plus le lecteur qu'une simple description, mais elles peuvent déformer l'information, la charger d'une coloration subjective.
- la métonymie
Elle établit aussi une relation entre deux termes mais ce n'est pas une relation de ressemblance. Elle repose sur une contigu-té logique.
- le tout pour la partie : ameuter la ville = les habitants de la ville
- la partie pour le tout : cet esprit subtil = cet homme à l'esprit subtil
- le contenant pour le contenu : boire une bonne bouteille = boire du vin
- la cause pour l'effet : admirer une gravure = un dessin exécuté par la technique de la gravure
- le symbole pour la réalité : le sabre et le goupillon = l'armée et l'église
- la matière pour l'objet : un verre = un récipient en verre / une porcelaine, un diamant...- les clichés
C'est un mot ou une expression trop souvent utilisée... une banalité, un lieu commun : cheveux d'or, lèvres vermeilles... émotion discrète, bonhomie souriante...
Exemples
« Les larmes roulaient maintenant sur ses joues. Elle essaya d'en retenir le flot, mais en vain. C'était comme si une digue avait cédé en elle... Au bout d'un moment le torrent commença à s'apaiser. »
« Je ne me laisserai plus émouvoir par vos larmes, et vos protestations ont perdu à jamais le chemin de mon cúur.»
«Pour ne pas jeter dans l'âme du lecteur un trouble inutile, j'ajouterai ceci... Le captain Cap ! Tout le monde en parle aujourd'hui mais combien peu le connaissent ! J'ai l'honneur d'appartenir à cette petite élite. La première fois que j'eus le plaisir de rencontrer Cap...» (A. Allais)
- faites la chasse aux clichés : certaines expressions riches de sens à l'origine ont perdu toute leur saveur à force d'être mises à toutes les sauces : les mots s'usent, les expressions s'épuisent.
Leur utilisation systématique est une facilité qui nuit à la précision du message :
- accord 'historique", inflation "galopante", violence "aveugle", "chef-d'oeuvre "authentique", sont autant de poncifs à éviter.- Les clichés rajeunis
Quantité de comparaisons usées sont devenues des clichés : vif comme la poudre, rapide comme l'éclair, doux comme un agneau, laid comme un pou, sale comme un cochon, etc.On peut toujours les "réactiver" :
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant.
Prévert, ParolesIl y a aussi des métaphores endormies qui sont prises pour argent comptant : une voix d'or, boire du petit lait, changer son fusil d'épaule... On peut toujours les réveiller :
boire un grand verre de petit lait
L'ensoleillement de sa voix dorée (Proust)
le grand homme d'Etat trébuchant
Sur une belle phrase creuse
tombe dedans.
Et voilà le pape qui pousse un long cri de détresse...
il a reçu un éclat de rire dans l'oeil. (Prévert)- le calembour
- Au sens strict, c'est un jeu de mots fondé sur des mots proches par le son et différents par le sens.
le temps est bon à mettre en cage, c'est-à-dire serein
- Au sens large, c'est l'équivoque :
Garçon, ce steak est innocent ! (il n'est pas coupable)
Voulez-vous le plus féminin des fromages ? (le fromage d'Edam)- Les jeux de mots : on joue soit sur le signifiant soit sur le signifié, on "piège le langage".
De deux choses l'une
L'autre, c'est le soleil
Prévert
Exécutez cette ordonnance... Le pharmacien... l'introduisit dans une petite guillotine de bureau.
Boris Vian
La main au fez
L'aisselle du désir
Machisme à écrire et traitement de sexe- l'allitération
C'est la répétition d'un son identique (allitération pour les consonnes, assonances pour les voyelles)
«Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?» Racine, Andromaque
« Salut ! encore endormies
A vos sourires jumeaux
Similitudes amies
Qui brillez parmi les mots ! »
Valéry
« C'est que Paul a des moyens pour persuader, que la Grèce n'enseigne pas et que Rome n'a pas appris. »
Bossuet
C. DES MOTS ADAPTES
Choisir son langage, c'est trouver le vocabulaire approprié, c'est utiliser le système linguistique selon des niveaux différents, ce qu'on appelle les registres de langue. On en distingue trois dans la langue écrite.
- le registre familier (ou relâché) : celui de la conversation amicale, des parlers populaires et argotiques se caractérise par un vocabulaire restreint et une syntaxe simplifiée.
- le registre courant (ou commun) : celui des communications courantes, des articles de journaux, des exposés scientifiques ou didactiques se caractérise par un vocabulaire et une syntaxe conforme à la norme scolaire (le français tel qu'on l'enseigne)
- le registre soutenu (ou recherché) : celui des discours officiels, de la littérature classique et (en grande partie) moderne se caractérise par un vocabulaire recherché et une syntaxe complexeRemarques :
- on peut distinguer aussi un usage technique, celui des échanges professionnels entre spécialistes, qui associe grammaire conventionnelle et vocabulaire particulier pouvant aller jusqu'au jargon
- on peut aussi distinguer des variantes du registre familier comme l'usage populaire (mots déformés, locutions imagées, interjections), vulgaire (expressions injurieuses, grossières) et argotique (vocabulaire particulier à certains groupes sociaux)
- les dialectes constituent par leur variétés lexicales et phonologiques des parlers propres à une région
QUEL VOCABULAIRE UTILISER ?
Les idées sont claires
Les idées sont concrètes
Les idées sont percutantes
Les mots sont courts
Les mots sont courants
Les mots sont justes
Les termes étrangers sont rares et expliqués
Les expressions techniques sont rares et expliquées
Les sigles sont rares et expliqués
Les termes ou expressions à la mode sont évités
DU CONCRET, DE L'ACTION
Langage suffisamment concret
Images suffisamment concrètes
Suffisamment d'exemples
Suffisamment d'action
MOTS SAVANTS
Attribuez à chacun des mots suivants la signification qui correspond.
anthropophage
calligramme
calorifuge
fongicide
hydrofuge
misanthrope
misogyne
monarchie
pachyderme
philanthrope qui aime les hommes
à la peau épaisse
qui protège contre l'eau
qui protège contre la perte de la chaleur
beau dessin
gouvernement d'un seul
qui hait les femmes
qui détruit les champignons
qui hait les hommes
qui mange les hommes
LOCUTIONS
Attribuez à chacune des locutions suivantes la signification qui lui correspond.
1. Couper la poire en deux
2. Adorer le veau d'or
3. Avaler des couleuvres
4. Dès potron minet
5. Mettre sous le boisseau
6. Retourner sa veste
7. Faire long feu
8. A cor et à cri
9. Dans de beaux draps
10. Peigner la girafe
a. En fâcheuse posture
b. Ne rien faire
c. Avec insistance
d. Flatter les riches
e. Dissimuler
f. Subir un affront
g. Echouer
h. A l'aube
i. Changer d'opinion
j. Partager une bonne chose
LES TROIS NIVEAUX DE LA LANGUE ECRITE
Différents niveaux Caractéristiques UtilisationsSOUTENU
recherche
de précision,
de personnalité,
présence du stylediscours lus
sermons lus
théâtre classique poésie lyriqueMEDIAN
langue commune français standard vocabulaire et syntaxe usuels
sentis comme corrects
- communications écrites officielles : notes, lettres, rapports
- littérature :
essais, romansFAMILIER
langue non surveillée
- écarts par rapport à la syntaxe correcte
- emploi de termes argotiques et de tournures dialectales
- en littérature, recherches délibérées
- pour imiter le français parlé
- pour créer des effets de style
- pour faire/être vrai
TROIS NIVEAUX DE LANGUE
1. Familier « En bagnole les accidents, tu vois, des fois tu roules un an sans un seul... et puis boum, d'un coup, tu en as trois coup sur coup sans que ça s'explique... C'est la poisse, quoi ! »2. Courant « Les accidents sont imprévisibles : on peut ne pas en avoir pendant des années, et puis tout à coup en avoir plusieurs de suite : c'est un pur hasard.»
3. Soutenu « De nombreuses observations semblent indiquer le caractère purement aléatoire des accidents de voiture : les études montrent que la probabilité qu'un accident se produise à un moment donné n'est aucunement corrélée avec le temps écoulé depuis l'accident précédent. Tout se passe comme si on avait à faire à un système régi par les seules lois du hasard.»
USAGE COMMUN
USAGE SOUTENU
littéraire, vieilli
USAGE FAMILIER
populaire, argotique
peureux
paresseux
sale
dormir
ennuyer
tuer
se tromper
se dépêcher
l'eau
la prison
un chapeau
un cheval
une voiture