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Albert Nemo - JT007  

Entretien avec David Lytel

Journal du Téléphone novembre 93

Notre rôle est surtout législatif

David Lytel fait parti du White House Office of Science and Technology Policy où il s'occupe plus spécifiquement de la National Information Infrastructure Initiative. Auteur d'une thèse sur l'expérience Française "Minitel et vie du citoyen." Il prépare actuellement un rapport sur les applications sociales des réseaux qui sera rendu public en février prochain.

Pourquoi les les autorités Américaines se sont-elles lancès si soudainement dans ce programme d'Autoroutes Electroniques? Quelle mouche les a soudain piqué?

L'engagement des démocrates pour les nouvelles technologies de communication ne date pas d'aujourd'hui. Nous sommes la génération du micro-ordinateur et le Vice-président Gore milite depuis 1986 pour le développement tout azimut de ce qu'il appelait alors le "High Performance Computing. "

Mais c'est une grande première qu'une telle politique soit menée par le gouvernement lui même: La technologie était tabou dans la politique Américaine jusqu'à présent. Quand nous sommes arrivés au pouvoir nous avons tout de suite dit que la technologie serait la partie la plus importante de notre programme de redressement économique. Les télécoms et l'informatique sont azujourd'hui les moteurs du capitalisme comme l'ont été les industries lourdes au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il est donc tout à fait normal que nous y consacrions la majorité des budgets de l'"Office of sciences and technology", c'est à dire environ 2 milliards de dollars pour l'année qui vient.

Pourquoi lancer un vaste programme fédéral, là où l'initiative privée aurait suffit?

Nous finançons 75% de la construction de la future Autoroute Electronique mais nous ne menons pas du tout une politique de subvention. Nous incitons les entreprises Américaines à accroître leur productivité grâce aux nouvelles technologies de communication.

Notre rôle n'est pas tant financier que juridique : 2 milliards de dollars ne sont qu'une goutte d'eau dans les 50 milliards de dollars de chiffre d'affaire que réalisent annuellement les sociétés de télécommunication. Il y a eu pendant longtemps des règlements spécifiques pour le câble, pour la télévision, pour la presse. Aujourd'hui que tous ces secteurs se mélangent, il devient important de redéfinir les anciennes normes. Notre principal objectif est de libéraliser le droit des télécommunications. Le Vice-Président Gore vient d'annoncer un très important projet de loi qui sera appliqué dans quelques mois.

On reproche l'emprise trop grande des milieux financiers qui voudraient transformer les Autoroutes Electroniques en simple robinet médiatique.

Nous privilégions le modèle "Internet" sur le modèle "Time Warner" qui voudrait remplacer l'interactivité par le seul pouvoir de sélectionner. Nous pensons que les Réseaux Electroniques vont avoir une importance capitale dans le débat démocratique en permettant à chacun de s'exprimer librement et en améliorant le rôle social du gouvernement. L'interactivité est surtout un atout social avant d'être un atout technologique à mettre au service des entreprises. Ce n'est pas un hasard si les cablopérateurs penchent plutôt du côté Républicain et les compagnies de téléphone du côté Démocrates.

Comment expliquez-vous une telle suprématie Américaine par rapport aux Japonais et aux Européens?

Il ne faut pas uniquement nous voir comme des envahisseurs : nous mettons notre savoir faire à la disposition des Européens. Les Japonais après avoir dominé dans les années sont aujourd'hui en perte de vitesse. Leur problème c'est que l'essentiel du marché de l'audiovisuel est anglophone. Leur stratégie consiste donc à racheter des entreprises Américaines : on ne trouve d'ores et dèjà presque plus de productions de films qui n'ait pas de Japonais dans leur capital. Quant aux Européens, sous l'influence des Français, ils ont tendance à se focaliser sur une politique protectionniste dans le domaine audiovisuel. La voie d'avenri de l'Europe se joue plutôt dans les alliances du type de celle que viennentde réaliser France Télécom et la Deutch Bundepost. Ils ont tort de prendre surtout en compte l'audiovisuel parce que le secteur de télécoms est bien plus puissant que celui des média.