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Doctor NO
LA TRIBU DES CIBISTES
Editions du Téléphone 1994
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LA CB JUSQU'AU BOUT DU MONDE
LE DX OU CONTACT LONGUE DISTANCE
Vous bavardez avec des stations qui se trouvent à moins de 10 kilomètres de vous, c'est parce que vous ne faites pas encore parti de la crème des cibistes, les DXseurs. Quelques 200 000 cibistes se consacrent aux contacts longue distance. Avec un peu de chance leur onde peut aller jusqu'à l'autre bout de la planète. Cette utilisation de la CB se rapproche beaucoup de celle des radio amateurs des années 50 et suscite un engouement croissant. Il faut dire que les progrès réalisés dans ce domaine sont époustouflants : les postes en BLU permettant le DX ne sont généralisés que depuis le début des années 80 et ne coûtent aujourd'hui que 2 à 3000 Francs.
Nous vous avons expliqué au début de l'ouvrage qu' il existe trois types de modulation, l'AM, la FM et la BLU (Bande Latérale Unique). Les deux premières qui ont une propagation dite "de surface" ne dépassent guère les 20 kilomètres, alors que la BLU a une propagation ionosphérique qui lui permet de franchir plusieurs milliers de kilomètres. Ce n'est pas toujours très facile; le challenge consiste donc à capter les stations les plus lointaines possibles.
Tous les cibistes ont leur indicatif; les DXseurs ne manquent pas à la règle. Mais alors que sur l'AM ou la FM on rencontre des indicatifs fantaisistes tels que Batman, Scorpion ou l'Oiseau, ceux utilisés en DX sont beaucoup plus structurés, à l'instar de ceux des radio amateurs et sont le plus souvent composés de chiffres et de lettres.
Les cibistes qui pratiquent les deux types de modulation ont d'ailleurs deux indicatifs.
Pour illustrer notre propos, prenons un exemple de QRZ :
14 CB 31
-14 c'est le numéro attribué à la France suivant une codification établie par le principal club de DX les AT (Alfa Tango).
-BC désigne les initiales du club auquel appartient l'opérateur, ou tout simplement les siennes
-31 indique le numéro d'ordre d'inscription dans le club ou bien quelque fois, pour la France, le numéro du département.
Si le code Q n'apparaît pas toujours nécessaire dans la CB de proximité, les parasites sont beaucoup plus nombreux dans le DX, et celui-ci se révèle indispensable afin de raccourcir les messages au maximum. Il est souvent nécessaire d'épeler des mots en ayant recours à l'alphabet phonétique international (Alpha pour "A", Kilo pour "K"...) Les noms propres sont ainsi précisés avec un minimum d'erreur, surtout si votre correspondant Ukrainien habite Kramatorsk, que le "QTH" de ce Slovaque est Krastniku ou plus simplement que le code postal d'un Britannique est L45 1NZ ! Les DXseurs sont comme les pêcheurs à la ligne : la patience est leur principale vertu. Il leur faut parfois plus d'une heure pour réussir à avoir les coordonnés de leur interlocuteur et tous prétendent avoir perdu au dernier moment leur plus beau poisson à cause de ces maudits parasitages.
Vous remarquerez que contrairement à leur cousins de l'AM qui ne parlent que de canaux, dans le DX il s'agit uniquement de fréquences et MHz, les appels se font sur le 27,555 MHz ou le 26,285 MHz en anglais et sur le 27,455 MHz en français(l'équivalent du canal 44). Il s'en dégage une grande impression de sérieux et de technicité.
Voici un exemple de QSO en DX :
CQ DX CQ DX This is one four Bravo Charlie three one,please QSY on frequency twenty seven point six two five
Ce qui peut se traduire par "Appel général longue distance, ici la station 14 BC 31, passez sur la fréquence 27,625 MHz".
Après être passé sur cette fréquence, l'attente de la réponse est le moment le plus palpitant : de quel pays va venir la réponse ? Avec un peu de chance et si la propagation est bonne, une ou plusieurs stations vont répondre sur cette nouvelle fréquence de la façon suivante :
Attention one four Bravo Charlie three one, do you copy one Alfa Tango two three one ? Il faut comprendre "Attention 14 BC 31, est-ce que vous recevez 1 AT 231 ?". Comme l'indique le dernier chiffre, c'est un membre du club Alfa Tango d'Italie qui vous répond, la propagation est médiocre mais cela montre au moins que votre station fonctionne correctement. On se questionne aussi souvent sur <<les conditions de travail>> expression empruntée aux radio amateurs pour désigner l'équipement dont chacun dispose.
Les QSO se font le plus souvent en anglais, mais quelquefois la réponse arrive en français, comme celle que j'eus de ce sympathique postier Israélien, Daniel, qui m'avoua après une palpitante discussion être né près de Pau, dans les Pyrénées Atlantiques. Décidément le monde est petit !!
Les QSL
Obtenir une communication très exotique c'est passionnant. Encore faut-il le prouver aux petits camarades. Pour chaque liaison jugée intéressante les deux opérateurs échangent donc leurs coordonnées afin de s'expédier une carte QSL, preuve irréfutable de leur contact.
Une des grandes joies du DX consiste à collectionner ces "QSL", cartes postales plus ou moins personnalisées par l'opérateur, qu'on échange pour se confirmer une liaison Celle-ci reprend les éléments essentiels du QSO :
- date et heure
- QRZ et "QTH"
- fréquence et mode de modulation
- qualité de la transmission
- formule de politesse telles que 73 51 88 signifiant respectivement Amitiés, Poignée de main et Baiser.
Si certains se contentent d'envoyer une QSL standard, d'autres se fabriquent des QSL personnalisées qui sont parfois de véritables oeuvres d'art et d'imagination.
La passion de la collection prime très rapidement sur l'esprit sportif et certains petits malins pour la compléter à moindre effort, échangent également ces cartes directement de la main à la main lors des salons de CB..Les revues spécialisées fourmillent de proposition d'échange de "QSL", des "SWAP".
La plupart des DXseurs vous montreront avec beaucoup de fiéreté leurs albums de collection qui réunissent parfois plusieurs dizaines de milliers de QSL différentes. Il va sans dire que c'est une passion qui coûte rapidement très cher. Il n'y a non seulement les cartes et les frais postaux mais il n'est pas rare que les opérateurs s'envoient une série de petits cadeaux caractéristiques de leur pays : autocollants, écussons.... C'est pour cela que de nombreux DXseurs demandent une participation financière aux frais d'expédition. L'échange de QSL serait même une activité très lucrative pour les stations des ex pays communistes, leur permettant ainsi d'avoir des devises fortes.
Attention, même dans cette élite des DXseurs tous ne respectent pas les règles de bonne conduite et vous n'obtiendrez guère plus de 50 % de réponses aux cartes que vous expédierez.
Si la BLU permet de franchir des milliers de kilomètres, elle émet également dans un rayon de 40 kilomètres autour de vous. Un voisin malintentionné peut être à l'écoute et être attiré par la qualité de votre station. Tout comme sur l'AM il est donc recommandé de ne pas donner ses coordonnés. C'est la raison pour laquelle la plupart des DXseurs sont affiliés à un club ou ils ont une boîte postale pour recevoir leur QSL.
fig x
exemple de carte QSL
Les aléas de la propagation
Bien que l'on soit toujours au royaume de la CB, avec le DX c'est dans un monde entièrement nouveau que l'on pénètre. Les voix sont nasillardes comme celle de Donald Duck dans les films de Walt Disney et à peine audibles. Si la conversation est rarement suivie, ce qu'elle vous rapporte se passe à des milliers de kilomètres de chez vous, il y a un mystère, une magie bien particulière.
Ce qui passionne les amateurs de DX, c'est la surprise, la confrontation avec les lois de la nature : quand on allume son poste, on ne sait jamais à quelle distance on va aller, ni dans quel pays on arrivera. Ce n'est qu'après des appels répétés, des réponses indéchiffrables, au milieu des parasites, qu'une voix livre enfin son origine. Si on ne capte presque jamais les mêmes stations, on a quand même parfois la joie de retrouver un ancien contact : le plaisir tiré est à la hauteur de la rareté. Plus facile avec un matériel perfectionné, cela reste un coup de chance.
Dans le DX, tout dépend de la propagation. Un petit caprice météorologique et votre onde atteint le Chili ou au contraire n'arrive même pas à atterrir sur les pays limitrophes. Certains mois on rentre très bien en contact avec les Italiens, à d'autre moment c'est la Russie qu'on capte "à pleine caisse". Alors que certains QSO peuvent durer plusieurs heures, d'autres s'évanouissent au bout de quelques secondes. Le même phénomène peut vous jouer des tours en AM ou en FM : vous êtres tranquillement installés avec une bande de copains situés à quelques kilomètres de chez vous et puis soudain vous entendez parler anglais : vous êtes surmodulés par des stations étrangères......
C'est devenu beaucoup plus rare aujourd'hui, la propagation étant beaucoup plus mauvaise, mais c'était monnaie fréquente il y a dix ans : Jack Drat, dit Kiwi, se souvient qu'un jour d'été au pied d'une falaise au bord de la mer, il avait tenté de contacter un ami à une dizaine de kilomètres. Tous ses essais demeuraient infructueux, par contre, non seulement il a capté une station Israëlienne mais celle-ci a réussi à retransmettre l'appel a son ami. La falaise bloquait le contact au voisinage, alors que la surface de la mer permettait d'atteindre un poste lointain.
La seule solution pour déjouer les mauvais tours de <<dame Propag>> c'est d'observer son baromètre ou de se fier aux tables de propagation fournies par les revues spécialisées ou le Centre National d'Etude des Télécommunication. Avec un peu de pratique l'amateur de DX apprendra à choisir les meilleures périodes et les meilleures heures pour chaque pays : les meilleurs moments pour entrer en contact avec l'Amérique du Nord sont au début et à la fin de l'été, pour le Brésil il vaut mieux moduler le matin...
La patience du serpent et la ruse du renard
Ne s'improvise pas DXseur qui veut et il faut une longue dose de patience et d'apprentissage technique. Beaucoup de jeunes DXseurs passent leur temps à lancer des appels sur les ondes. Cela ne sert pas à grand chose car on ne capte en fait que les stations les plus audibles et donc les plus proches. Comme nous vous le disions, un bon DXseur doit avoir la patience du pêcheur attendant que le poisson morde à son hameçon : il faut rester des heures à l'écoute sur un canal peu encombré et un jour on finit par entendre une voix intergalactique qui semble surgir de nulle part. Certains amateurs de DX s'entraînent même à reconnaître les différents accents, pour pouvoir identifier immédiatement l'origine de leur interlocuteur. Vincent Cury se souvient avec beaucoup d'émotion des nuits blanches passées à l'écoute du monde : << Il devait être 5 heures du matin. Je venais de m'acheter un nouveau poste. Trépidant d'impatience, j'avais veillé toute la nuit et j'étais sur le point de m'endormir quand soudain j'ai eu un type avec l'accent Australien, un vrai comme dans "Crocodile Dundee". Au début j'y croyais pas, je me disais que c'est trop beau pour être vrai, et puis un mois plus tard j'ai reçu un colis avec plein de timbres bizarres et plein de cadeaux à l'intérieur.>> Parfois on a même affaire à un illustre interlocuteur : quelle ne fût la joie de Chantal quand elle reçût un QSL enduit de poudre d'or, qui lui avait été envoyé par l'émir de Barhein, l'unique cibiste de son territoire. Avis aux candidats : on dit que les rois Hussein de Jordanie et Hassan II du Maroc, eux-mêmes radio amateurs chevronnés, pratiquent également le 27 à leurs heures perdues. Comme quoi on peut être autoritaire et apprécier la liberté d'expression.
Il y a la chance parfois mais attention il y a aussi les petits farceurs et le DX peut donner lieu à de moins bonnes surprises. Un canular classique consiste à baisser sa puissance d'émission et à simuler un correspondant de l'autre bout de la planète. Il arrive également que certains se fassent passer pour une station rare et demandent d'envoyer une participation financière (généralement 1 ou 2 dollars). Il leur suffit d'avoir une boîte postale dans un pays exotique qui se charge de leur retransmettre l'argent ainsi récupéré. Bien entendu, nous réprouvons tout à fait ces pratiques, mais il faut avouer que l'avidité avec laquelle les stations se jettent sur cet appel est d'un effet comique irresistible!
Le poste du DXseur:
Tout est bon pour établir une station DX : le grenier, la cabane à outils au fond du jardin, la salle à manger ou la chambre conjugale. On a même vu des stations installées dans des placards.
Si la station fixe s'avère d'un plus grand confort, certains pratiquent le DX en voiture avec des antennes pouvant atteindre 3 mètres de hauteur. Vous pouvez donc vous installer vraiment n'importe où. Ce qui compte c'est le choix du matériel : le poste et l'antenne.
Les postes:
Les DXseurs doivent acquérir un matériel bien plus perfectionné que le commun des cibistes. Le poste lui même peut être très volumineux et sophistiqué, flanqué d'une alimentation et de filtres, auquel on peut ajouter plusieurs antennes munies d'un coupleur, voire d'une antenne directionnelle, un ampli linéaire, un ampli d'antenne, un TOSmètre, un fréquencemètre et un Wattmètre, un portable et un scanner. Certains pèsent jusqu'à 12Kg. Si l'on ne souhaite pratiquer qu'en fixe il est recommandé de prendre une "base".Celle-ci possède alors un grand nombre de perfectionnements tels que mémoires de fréquences, fréquencemètre digital, alarme de TOS excessif, balayage des fréquences, etc..........
Les antennes
Au lieu d'avoir une antenne omnidirectionnelle et verticale comme celle que l'on utilise sur une voiture, le DXseur préférera une antenne directionnelle. Alors que le premier type d'antenne capte des signaux venant toutes les directions, celle-ci permet de concentrer l'émission et la réception dans la direction désirée avec une efficacité accrue. Elle tourne grâce à un moteur électrique appelé "rotor" fixé sur le mât-support. Le rotor est lui même commandé par un boîtier de commande situé à proximité du poste.
Le DXseur devra bien entendu savoir régler son antenne pour ne pas être victime du TOS. Le TOS ou Taux d'Ondes Stationnaires, caractérise l'adaptation de l'antenne au poste émetteur. Une antenne mal adaptée ne peut pas dissiper en ondes électromagnétiques toute l'énergie délivrée par le poste et provoque un retour d'antenne : cette énergie retourne dans le poste et provoque un échauffement des étages d'amplification qui peuvent être détruits, mettant le poste hors service. Le TOS se règle généralement en accroissant ou en diminuant la longueur de l'antenne.
Les amplificateurs
Il existe trois types d'amplificateurs : le pré-ampli, l'amplificateur de micro et l'amplificateur linéaire. Bien qu'il soit souvent employé, nous vous déconseillons l'amplificateur de réception qui sert comme son nom l'indique à amplifier les sons reçus car cela risque d'augmenter également les brouillages de téléviseur.
Au lieu d'avoir un micro connecté sur le poste, le Dxseurs utilisera de préférence un de "micro de table", posé sur la table avec un pied et doté d'un pré-amplificateur et d'un compresseur. Le pré amplificateur donne plus de force au signal sortant du micro, tandis que le compresseur ajoute de la pureté à ce même signal.
La tentation est grande de donner des " vitamines " (de la puissance) à sa station par l'adjonction d'un Amplificateur Linéaire ("Alfa Lima" pour les intimes) augmentant la puissance jusqu'à 100 voire 500 Watts et plus, c'est à dire plus de 100 fois la puissance maximale autorisée. Rassurez-vous cependant cela n'est rien en comparaison des puissances d'émission des stations de radiodiffusion : France Inter émet avec 2 millions de watts.
Les variantes du DX:
Les DXseurs ont le goût de la performance. Certains ont donc mis au point des variantes en augmentant la difficulté ou la technique. Bien que presque exclusivement pratiqué en BLU, le DX peut également se faire en AM et FM, si les conditions de propagations sont excellentes si la fréquence n'est pas encombrée et si l'on se trouve en altitude. C'est le top du top pour un cibiste d'arriver aussi loin avec si peu de moyens. Il y a une dizaine d'année quand la propagation était à son maximum, on réussissait sur ces fréquences à capter la Tasmanie, c'est à dire le point du globe le plus éloigné de la France.
D'autres se consacrent à l'aspect technique de la transmission radio. Quelques centaines de cibistes, comme ceux du groupe Carat de la ville de Tours, pratiquent, à l'instar des radio amateurs, des transmissions par Packet-Radio en reliant un micro ordinateur à leur poste de CB pour faire du RTTY(Radiotélétype) et pénétrer dans le monde des agences de presse comme l'AFP ou Reuter. D'autres pratiquent même la réception d'images satellites.
Faire du contact longue distance n'est pas forcément une fin en soi et la BLU un hobby technique. Elle se révèle très utile quand on part en expédition lointaine en permettant de garder le contact avec la France. De nombreux aventuriers et navigateurs en sont équipés comme nous le verrons plus loin en rencontrant Hubert Montailloux. Certes ils ne parviennent pas toujours à capter leur correspondant du premier coup. Mais, grâce à la solidarité entre cibistes, le premier qui entendra l'appel se chargera souvent de le relayer jusqu'à la bonne station. Cela peut même parfois donner lieu à de véritables parties de ping pong intercontinentales. Fort heureusement les ondes se propagent à la vitesse de la lumière, ce qui permet d'économiser du temps. Un cibiste Argentin lance un appel à un cibiste Péruvien, ils n'arrivent pas à s'entendre, mais vous arrivez à copier les deux interlocuteurs, vous vous charger donc de leur servir d'intermèdiaire : c'est le QSPapa en code Q et ça se pratique également sur les autres types de modulation.
Les clubs
On compte plusieurs centaines de clubs spécialisés dans le DX. Certains possèdent des membres dans les quatre coins du monde. Le club le plus important est assurément Alfa Tango qui comptabilise dans 300 pays près de 15 000 membres , recensés dans son "Member Directory". C'est un club très fermé, avec des rituels de société secrète : pour y être admis il faut avoir établi un contact avec au moins 30 pays étrangers. Plus on contacte de pays plus on monte en grade pour finalement devenir un OM (cette expression qui désigne un homme dans l'argot courant signifie le DXseur expérimenté : le Old Man......
Les expéditions et les compétitions
Chaque club a de multiples activités : réunions, éditions de QSL, participation, échanges avec des clubs étrangers. Mais leur principale activité est d'organiser des expéditions. L'expédition, ou "DXpédition" pour les amateurs de néologisme, consiste à se transporter avec groupe électrogène, amplis, postes et antennes en un point d'où personne n'a jamais émis pour contenter un maximum d'opérateurs friands de cette rareté : rocher perdu au milieu du Pacifique, sommet du Mont Blanc, porte-avions Américain croisant dans l'Adriatique....On a même vu des expéditions au sommet de l'Himalaya. Ils éditent à cette occasion un QSL spécial pour célébrer l'événement. Outre les expéditions sportives, d'autres ont pour objet de commémorer un événement ou de récolter de l'argent pour une oeuvre humanitaire.
Les compétitions individuelles ou interclubs occupent également une très grande place dans la vie des DXseurs et donnent lieu à de nombreux Contests, c'est à dire des sessions qui durent généralement un week-end. Les concurrents, souvent répartis par équipe, doivent établir le maximum de liaisons possibles en un minimum de temps. Bien entendu, il faut prouver les liaisons. Elles sont donc notées sur un cahier normalisé appelé LOG...........
CONTESTS ET EXPEDITIONS
Voici encore deux activités CB directement héritées du radio amateurisme.
LE CONTEST
Le contest est en fait un concours où le meilleur gagne. Il existe diffèrent types de contests, principalement dus au nombre d'opérateurs.
Un contest mono opérateur est réalisé, comme son nom l'indique, par une seule personne qui va émettre, confirmer les réponses et remplir le cahier de log en même temps. Il n'a droit en général qu'à 36 heures d'activité sur les 48 heures que dure le contest. Plusieurs opérateurs peuvent se relayer sur la même station pendant 48 heures sans interruption, les feuilles de log étant remplies par un opérateur inactif.
Le but est bien évidemment de contacter le plus de stations possible.
L'opérateur fait ses appels sur une fréquence d'appel et invite à répondre sur une fréquence plus calme. Si les conditions de propagation sont bonnes, les réponses affluent et l'opérateur doit gérer au mieux ce "pile up " pour confirmer la réception, donner un numéro d'ordre ou "progressif" et de temps à autre indiquer les coordonnées du "QSL Manager" à qui adresser les cartes QSL.
Inutile de préciser que cet opérateur ne chaume pas! Il y a toute une tactique pour perdre le moins de temps possible de façon à dégonfler le pile up et à éviter que les stations les plus faibles ( donc les plus lointaines et les plus intéressantes) ne se découragent.Certains sont remarquables de dextérité et peuvent répondre en plusieurs langues. Inutile de préciser qu'ils n'ont généralement plus de voix à la fin des 48 heures !
Les cartes QSL une fois reçues, on fait le décompte des points en fonction de l'éloignement ou de la spécificité de chaque contact : plus la distance est grande plus on gagne de points. Certains concours sont organisés à date fixe, soit entre les membres d'un même club, soit être ouverts à tout le monde, sous l'égide d'un club réputé.
Un contest est un véritable exploit sportif car il est préférable de transporter sa station en un lieu élevé et donc souvent d'un accès difficile.
C'est également un exploit intellectuel et nerveux pour ecouter, noter et répondre sans arrêt pendant de nombreuses heures avec calme, méthode et précision.
L'EXPEDITION OU DXPEDITION
A l'inverse du contest où l'opérateur travaille pour sa propre gloire, l'expédition a pour but de procurer au monde des cibistes une carte QSL d'un lieu ou d'un événement qui n'a jamais été activé (ou presque), c'est à dire où jamais personne n'a jamais émis.
Il s'agit d'une île , d'un événement, d'un pays sans tradition CB ou d'un lieu remarquable.
Et il s'agit le plus souvent d'une expédition au vrais sens du terme :
- transport long et onéreux, matériel lourd et encombrant
- nécessité parfois de produire sa propre énergie, d'où groupe électrogène et carburant
- nécessite d' amener les moyens de sa propre survie, tentes, sacs de couchage, chauffage et vivres.
Mais quel bonheur de recevoir une carte QSL de l' îlot de CLIPPERTON (par exemple) possession française au large du CHILI.
Ces contacts et ces expéditions peuvent coûter fort cher, tant au niveau de l'organisation qu'au niveau du secrétariat ( impression des cartes QSL spécifiques et affranchissement). Il n'est donc pas rare que l'opérateur demande une contribution de 1 ou 2 $ US. Quelque fois, l'on peut utiliser un " Coupon Réponse International" pour payer la réponse.
Notons enfin que répondre à un contest représente une chance accrue d'obtenir une réponse à sa QSL.
Ces activités sont également un bon moyen de dynamiser un club CB.
Une activité à la limite de la légalité
Le Dx représente le fin du fin de la CB, il s'agit toutefois d'une activité à la limite de la légalité. Si la CB de proximité peut se pratiquer en se conformant aux normes en vigueurs, le DXseur se contentera rarement des 4 watts et des 40 canaux réglementaires.Il lui faut au moins 80 canaux et 20 watts de puissance, beaucoup utilisant même 240 canaux et plus de 100 watts. S'il ne veut pas provoquer les foudres de son voisinage, il évitera donc d'utiliser son poste entre 20 et 22 heures, c'est à dire pendant les heures de grande écoute de la télévision.
Les fréquences qu'utilise un DXseurs sont classées en sous inférieures, inférieures, normales, supérieures et Sup supérieures, celle-ci empiétant même sur les fréquences radio amateurs. Quant aux 40 canaux réglementaires ils ne sont quasiment pas utilisés, parce que trop brouillés par les voisins des bandes FM et AM. Le Canal d'appel BLU utilisé par la France pour rentrer en contact avec des stations étrangères, le 44, est d'ailleurs théoriquement interdit.
Non simplement le DXseur utilise un matériel hors norme mais il enfreint de plus l'interdiction d'entrer en contact avec un pays étranger par des voies non officielles. La loi Française n'accorde aucune existence officielle au DX. Au début des années 80 il y a d'ailleurs eu quelques cas de cibistes condamnés à de fortes amendes pour communication avec l'étranger sans autorisation préalable.
Rassurez-vous cependant les pouvoirs publics font preuve d'une grande tolérance, rares sont les cibistes à qui ce genre de mésaventure est arrivée. En fait, les pouvoirs publics n'interviennent que si vous gênez vos voisins et que ceux-ci portent plainte..
2 PORTRAITS DE DXSEURS
VINCENT LE DX POUR SE CULTIVER:
Routier pendant dix ans, Vincent est ensuite devenu ouvrier en usine pour avoir une vraie vie familiale et rester plus longtemps auprès de son jeune fils. Cela ne l'a pas empêché de garder intacte sa soif du voyage. Mais quand on gagne à peine plus que le SMIC, c'est dur de voir du pays; c'est même dur de vivre. Malgré ces conditions précaires, Vincent reste un être curieux de tout; une curiosité qu'il a malheureusement du mal à satisfaire dans sa vie de tous les jours. Et puis dans la campagne du nord de la France, les nuits sont longues, les journées pluvieuses et les loisirs rares.
Quand il était routier il utilisait la CB pour être en contact avec ses collègues, aujourd'hui elle est devenue son moyen d'évasion. Ce qui le passionne maintenant ce sont les contacts longues distances, à tel point d'ailleurs qu'il a abandonné les autres types de modulations. <<Le local, c'est un peu toujours la même chose, les engueulades, les bandes de copains....Moi je rêvais de grandes aventures. Ma femme quant à elle ne supportait plus du tout cette situation où l'on avait plus aucune vie de couple.>>
Le DX pour lui c'est une façon de se cultiver, de rêver et une source d'enrichissement permanente : <<Il suffit que j'allume mon TX pour que l'aventure commence. Auparavant j'étais nul en géographie, incapable de dire où se trouvait le Mexique. Aujourd'hui je sens vraiment que je possède un plus par rapport à mon entourage. J'ai des amis sur tous les continents.>>
Malgré ses modestes moyens, il n'a pas hésité pour pour satisfaire sa dévorante passion, à s'équiper d'un matériel toujours plus performant : un poste en BLU d'abord, puis l'amplificateur linéaire enfin comble du comble l'antenne directive orientable grâce avec une simple manette. Il rêve aujourd'hui de s'acheter un Yaesu pour pouvoir écouter les bandes maritimes : le Yaesu est aux amateurs de radio, ce qu'est la Roll Royce aux automobilistes : le nec plus ultra. De temps en temps sa femme proteste parce qu'ils n'ont pas encore de machine à laver la vaisselle, mais elle doit reconnaître qu'il ne fait plus d'autres dépenses.
Très vite Vincent a senti le besoin de faire parti d'un club pour pouvoir partager sa passion, mais aussi pour progresser techniquement. Il a donc rejoint les "Charlie Delta Charlie". Et puis un jour il s'est aperçu qu'un voisin pratiquait également la BLU. Ils ont donc fondé une section locale. Deux ans plus tard, ils sont une dizaine à se réunir chaque semaine brandissant leurs derniers "QSL", se refilant des tuyaux techniques, et organisant des DXpéditions lorsque que reviennent les beaux jours. Ils se contentent pour l'instant d'aller en Belgique ou en Baie de Somme, mais ils espèrent convaincre un sponsor de financer un voyage dans les Alpes.
Comme beaucoup de cibistes, Vincent rêve d'avoir le temps de passer sa licence de radio amateur pour avoir accès à du matériel encore plus perfectionné. Il aimerait bien aussi créer sa radio libre pour r exprimer tout ce qu'il a à dire. Quand il a un rêve, il va jusqu'au bout et ça ne m'étonnerait pas que le département du Nord entende bientôt parler de lui.
HUBERT MONTAILLOUX LE GLOBE TROTTER DES ONDES
Préretraité à 52 ans, après une vie professionnelle très active, Hubert Montailloux serait sans doute devenu un grand père bien tranquille s'il n'avait été piqué par le virus du DX. C'est pour continuer, du Périgord, à mener à distance des parties d'échecs avec ses amis Parisien qu'il a acheté son premier poste. Il lui a très rapidement découvert de nombreuses autres utilisations.
Connaissez-vous un moyen de vous faire plein d'amis aux quatre coins du globe sans bouger de chez vous? Hubert Montailloux, l'a trouvé grâce à la CB. Isolé dans la nature, à des dizaines de kilomètres de la première ville, il peut cependant se vanter de mener une vie beaucoup plus cosmopolite que n'importe quel Parisien et son ermitage est devenu un véritable noeud de communications mondiales par lequel transitent des interlocuteurs du monde entier. Il n'y a guère d'autre technique qui permette de tels exploits. Certes, il existe des réseaux d'information électronique, sorte de messageries télématiques planétaires, mais leurs coûts restent beaucoup plus élevés et ils offrent une convivialité bien moins grande. Si pour le novice le DX est une pratique complètement aléatoire (on capte rarement le même pays ou les mêmes correspondants...) exercé avec un matériel très perfectionné et avec un solide apprentissage, il peut cependant devenir presque aussi simple que de passer un coup de fil.
Hubert Montailloux (RATM 198 pour les plaisanciers et Zoulou Zoulou pour les autres) est sans aucun doute le plus connu des DXseurs Français : sur tous les continents, sur tous les océans sa voix de stentor résonne, prodiguant chaleur, amitié, réconfort et conseils en tout genre.
Il a accumulé tant de contacts que, désormais, il est rare qu'il copie une station pour la première fois. Contrairement à la plupart des DXseurs qui pratiquent la chasse aux contacts, ce qui intéresse Hubert Montailloux ce sont les échanges conviviaux et les relations suivies.
Le DX est devenu pour lui une nouvelle famille. Il a rencontré bien plus de personnes ces quinze dernières années que pendant le reste de sa vie : plus de 35 000 contacts avec 6000 stations différentes c'est-à-dire l'équivalent de 3 millions de francs de communication téléphonique. Il a même réussi à avoir plus de 300 contacts avec la même station, instaurant ainsi une véritable relation d'amitié et de confidences. Il n'est pas rare d'ailleurs qu'il poursuive un QSO par des échanges épistolaires.
Les surprises de la BLU:
Partie d'échecs, cours de langue, organisation de conférences internationales,... il n'y a guère d'activité qu'Hubert Montailloux n'ait réussi à mener à bien par la voie des ondes. Des anecdotes sur la CB, il en a des milliers à raconter : il a même radioguidé un automobiliste de Kinshasha grâce à un plan que lui avait envoyé un de ses correspondants. Une autre fois il lui est aussi arrivé de moduler avec un pilote d'avion dont il suivait la trajectoire grâce à son antenne directionnelle.
Dame "Propag" joue parfois de bien mauvais tours empêchant de copier la station que l'on souhaite. C'est là qu'intervient la chaîne d'amitié, d'autres cibistes se chargent de répercuter l'appel jusqu'au bon interlocuteur. Hubert Montailloux a ainsi déjà fait le relais entre deux stations du Zaïre qui n'arrivaient pas à s'entendre.
Tout le secret de sa réussite technique, Hubert Montailloux le doit à son antenne extrêmement perfectionnée, (une Delta Loop 4 éléments) qui lui permet de surmonter la plupart des difficultés de la propagation. Il lui suffit de la pointer vers une direction donnée et de se caler sur les canaux adéquats pour aussitôt recevoir le pays de son choix. Chaque pays possède ses propres canaux d'appel. Il les maîtrise comme d'autres savent jongler avec les cartes routières.
Une des grandes passions d'Hubert Montailloux c'est l'écoute des navigateurs (les "mobiles maritimes" comme on les appelle chez les cibistes) : familles recommençant une nouvelle vie au grès des Alyzées, loups de mer, retraités partis prendre un bol d'air..... Chaque année plusieurs centaines de Français abandonnent maison, travail et amis pour partir plusieurs années en voilier à la découverte du globe, la plupart emportent une CB pour rester en contact avec la métropole. Il fait partie de l'association Radio Assistance Terre Mer dont la mission est d'aider les plaisanciers.
Il suit régulièrement la trajectoire d'une trentaine de bateaux de plaisance sur une carte du monde, notant leur parcours à l'aide de punaises multicolores, vivant presque en direct les aléas de leur croisière. Outre la convivialité ou les parties d'échecs, Hubert Montailloux leur apporte de nombreux services : recherche de pièces de rechanges, informations à transmettre à leur famille,.... Il avoue qu'il lui est même arrivé, bien que cela soit interdit, de relayer directement un appel de CB sur téléphone : convaincu de l'importance du contact il appelle la famille de son interlocuteur et celle-ci peut lui parler. Il s'occupe parfois de retransmettre des appels de détresse au Centre de Communication Maritimes de Saint Lys. D'autre fois par la voie des ondes il part à la recherche d'un bateau dont on est sans nouvelle depuis plusieurs semaines.
Hubert Montailloux est également en contact avec de nombreux Français expatriés en Amérique Latine ou sur le continent Africain, perdus au milieu de la brousse et à mille lieux de leurs premiers compatriotes. La CB constitue souvent l'unique lien avec leur pays natal. Mais faire de la CB dans ces contrées est strictement interdit, ils peuvent à tout moment se faire repérer par les forces de l'ordre qui les jeteraient en prison sans hésitations.
Mais la CB serait resté pour Hubert Montailloux un loisir incomplet s'il n'avait pu aller à la rencontre de ses interlocuteurs. Lorsque certains s'achètent un guide touristique pour choisir la destination de leur vacance, lui, il pointe son antenne vers les lieux qu'il désire découvrir. Un mois par an il prend son bâton de pèlerin et parcourt les continents pour aller rendre visite à ses correspondants: une année c'est l'Afrique, l'année suivante la Chine; partout il est accueilli comme un vieil ami. Il a parfois plus d'une centaine de correspondants dans un même pays.
Si Hubert Montailloux a la soif du voyage, il a également la volonté de venir en aide aux populations dans le besoin donnant ainsi une dimension humanitaire à sa passion. Il le fait en prêtant main forte aux <<voiliers de l'espoir>> de son ami Pierre Ribes. Ancien ingénieur de plate-forme pétrolière, mis en invalidité à la suite d'un grave accident professionnel, celui-ci a décidé de parcourir les mers pour apporter des médicaments aux populations dans le besoin. La CB des deux amis assure la liaison entre le bateau et la métropole.
Microscope à immersion, couveuses, chambre antiseptique, appareil de dialyse... Hubert Montailloux peut trouver presque de tout grâce à la CB.
Il lance des appels à travers l'éther, les stations amies les retransmettent à leur tour et, comme par miracle, il reçoit quelques semaines plus tard le matériel demandé. La CB s'avère souvent plus efficace que les autres média comme la presse ou la télévision qui ne permettent pas un échange aussi direct et personnalisé. Créer une classe de français dans un institut de langues en Pologne, fournir tout l'équipement nécessaire à une salle d'opération, permettre l'adoption de trois enfants d'Amérique Latine grâce à ses relations radio.... Il ne passe plus une année sans qu'Hubert Montailloux ne lance un nouveau projet humanitaire et la radio s'avère à chaque fois un auxiliaire irremplaçable.
Mais, Hubert de Montailloux ne se contente pas de faire de l'humanitaire à domicile, il part aussi sur le terrain. Ses compétences en radiocommunication lui ont permis de devenir le responsable des transmissions du détachement anti-catastrophedes sapeurs Pompier de Vitry Chatillon. Il les a accompagnés en Iran pour assurer l'assistance radio lors du tremblement de terre de 1990. Les Gardiens de la Révolution ont été très surpris de la facilité avec laquelle en se servant d'un poste pas plus gros qu'une radio il pouvait coordonner l'ensemble de sauveteurs. Ce dont ils ne se doutaient pas, c'est qu'il déjouait leur censure en communiquant également avec les cibistes des autres pays. Cela ne leur aurait sûrement pas plu. A ce moment là, il était même un des rares Français capable de communiquer hors d'Iran, communiquant ainsi des informations à l'Agence France Presse.
Toutes ses activités liées à la CB procurent à Hubert Montailloux une vie passionnante et bien remplie. Sa seule déception, c'est que la propagation devient de plus en plus mauvaise. "Au début des années 80, j'arrivais à établir plus de 30 contacts par jours. Aujourd'hui, je peux m'estimer heureux si j'en fait trois ou quatre. "Il ne lui reste plus qu'à attendre l'an 2000. Le cycle solaire sera alors revenu au plus haut de sa courbe et favorisera à nouveau la propagation ionosphérique.
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LES RADIO AMATEURS ET LES ECOUTEURS:
Cet ouvrage serait incomplet si nous n'accordions pas un petit chapitre aux grands frères des cibistes, les radio amateurs. Dans les deux cas il s'agit d'une pratique de radiocommunication de loisir. Alors que la CB n'existe que depuis une quarantaine d'années, le radio amateurisme est une pratique quasiment centenaire née en même temps que la radio-télégraphie.
Malgré leur antériorité, les radio amateurs sont beaucoup moins nombreux que les cibistes : on n'en trouve pas plus à l'échelle planétaire que de cibistes en France. Les Japonais sont les plus grands utilisateurs : plus d'un million de radio amateurs au pays du soleil levant, contre 600 000 aux Etats-Unis, 60 000 en Allemagne et seulement 17 000 en France.
Si tout un chacun peut librement entrer dans la tribu des Cibistes, on ne devient membre de la caste des radio amateurs qu'après avoir reçu une formation technique et passé un examen. En contrepartie les radio amateurs ont le droit d'utiliser des appareils beaucoup plus performants émettant sur un très grand nombre de fréquences et dans des conditions proches de celles des radiocommunications professionnelles. Alors que les cibistes disposent d'une petite fraction du spectre hertzien située dans la bande du 27 MHz, les radio amateurs ont le droit d'émettre sur une quinzaine de morceaux de bandes situés tout au long du spectre hertzien et ayant chacune des propriétés très différentes : les bandes supérieures à 30MHz ne permettent que des liaisons de quelques centaines de kilomètres tandis que les bandes inférieures sont susceptibles d'atteindre les antipodes.
Il existe quatre types de licence(A, B, F1 et F5), d'une difficulté croissante selon le degré de compétence que l'on souhaite acquérir. Elles permettent d'émettre avec des matériels de différentes puissances et un nombre plus ou moins grand de bandes.. Alors que la première n'autorise l'émission que sur les bandes VHF, les dernières donnent accès aux bandes décamétriques (inférieures)s.
Ce n'est qu'après avoir obtenu sa licence et s'être fait attribuer un indicatif d'émission( F suivi d'un tiret et de 5 chiffres) que le nouveau radio amateur va enfin avoir le droit d'émettre. Mais ses soucis ne s'arrêtent pas là, il doit noter toutes ses émissions, ainsi que les heures d'appels sur un cahier spécial appelé LOG. Celui-ci peut être contrôlé à tout moment par les policiers. Si les radio amateurs sont autorisés à utiliser un matériel beaucoup plus sophistiqué que celui des cibistes, ils n'ont en revanche pas le droit d' échanger des messages personnels et doivent se contenter de parler <<technique>>.
Une activité sous haute surveillance
Les radio amateurs sont très étroitement surveillés par les pouvoirs publics : interdiction de communiquer en langage codé, autre que le Morse ou le code Q, de parler de politique ou de religion,... Gare également à celui qui émet avec un faux indicatif, qui n'a pas acquitté sa quittance annuelle ou qui échange des propos illégaux : le Centre de Contrôle des Communications de Rambouillet aura tôt fait de repérer l'émission illicite et de punir le contrevenant : confiscation du matériel et amende. Quelques récidivistes des ondes sont même allés en prison.
Surveillés de près par l'administration, les radio amateurs sont également beaucoup plus organisés que les cibistes et rares sont ceux qui ne font pas partis d'un club affilié à l'une des deux fédérations nationales, le Réseau des Emetteurs Français ou l'Union des Radio Clubs, eux-mêmes rattachés à l'IARU, l'association internationale des radio amateurs. Il existe un CallBook qui répertorie l'ensemble des radio amateurs du monde. Au sein de l'Union Internationale des Télécommunications, un service spécial leur est consacré.
Des relations conflictuelles:
Les relations sont loin d'être au beau fixe entre radio amateurs et cibistes. La très forte augmentation de ces derniers depuis 1992 a même considérablement envenimé leurs relations. Les cibistes reprochent aux radio amateurs d'entraver la libéralisation de la CB. Les radio amateurs trouvent quant à eux les cibistes trop indisciplinés. Pour se protéger contre les abus de leurs petits frères turbulents, ils ont mis en place une commission "Intruder", chargée de pister les cibistes empiétant sur leurs fréquences pour les dénoncer aux autorités.
Il existe pourtant d'indéniables parentés entre les deux pratiques : les cibistes ont beaucoup emprunté aux radio amateurs, qu'il s'agisse du code "Q", des indicatifs ou du DX et 80% des radio amateurs sont d'anciens cibistes ou pratiquent également la CB à leurs heures perdues.
Beaucoup de cibistes chevronnés ont toutes les compétences techniques pour devenir radio amateurs, pourtant ils préfèrent souvent ne pas passer la licence, à cause du caractère contraignant de la législation et du manque de convivialité qui règne sur ces fréquences. Pour les encourager à franchir le pas, le ministère des Télécoms prépare d'ailleurs, à l'heure où nous écrivons ces lignes, une licence allégée.
Des activités beaucoup plus sophistiquées : Des dizaines de moyens de communication:
Alors que La CB est principalement une activité de proximité, utilitaire et conviviale, ce qui compte dans le radio amateurisme c'est la performance technique. Rares sont les radio amateurs qui pratiquent encore la phonie, c'est à dire la communication verbale. La plupart correspondent en Morse, langage autrefois utilisé par les télégraphistes : à chaque lettre de l'alphabet correspond un code sonore (A= Di-dah, B=dah-di-di-dit,.....)
Certains radio amateurs se spécialisent dans la transmission d'image vidéo, d'autres dans la communication satellitaire ou dans le Packet-radio, une technique très proche de celle utilisée par notre fameux minitel. Savez-vous qu'il est même possible d'envoyer des fax par la voie des ondes? Mais pas question de faire concurrence aux média et seule la transmission d'images techniques est autorisée.
Le radio amateurisme a beaucoup évolué avec les progrès de l'électronique et de la micro-informatique. Il y a quelques dizaines d'années, les radio amateurs se contentaient d'échanger des messages, maintenant, ils ne communiquent pratiquement plus que par ordinateur. Alors que les cibistes utilisent uniquement les modes de propagation naturels, ils ont à leur disposition mille et un moyen de transmettre les ondes : relais hertziens, satellites artificiels ou naturels....Certains utilisent même la lune comme réflecteur d'onde (on appelle ça le Moonbounce). Il existe d'ailleurs de très nombreux satellites Français, Américains et Russes qui leur sont spécialement destinés.
Afin d'améliorer leurs liaisons en VHF les radio amateurs ont disposé depuis les années 70 des relais VHF (Ultra High Frequency) et UHF (Ultra High Frequency) sur l'ensemble du territoire Français : il en existe actuellement une centaine qui leur permettent de correspondre d'un bout à l'autre du territoire.
Paradoxalement alors que le radio amateurisme est devenu une pratique de plus en plus perfectionnée, il a perdu beaucoup de son auréole des décennies passées. Il y a 50 ans les communications internationales étaient beaucoup moins faciles et les radio amateurs étaient les seuls à pouvoir rentrer en contact instantané avec l'autre bout du monde. Aujourd'hui où il est souvent plus facile de téléphoner à Hong Kong, leurs possibilités sont banalisées. Malgré tout, leur rôle reste primordial dans certaines régions d'Afrique au réseau de télécommunication inexistant. Certains réfugiés de pays du tiers monde ont recours à des associations de radio amateurs pour avoir des nouvelles de leurs familles et de leurs villages.
Qui sont les radio amateurs:
Les radio amateurs se recrutent essentiellement parmi les professions directement liées à l'électronique. Ils associent loisirs et profession. Jean Gruau, le directeur du Centre National d'Etude Spatiale et Antonini, un cosmonaute Français, sont des fervents pratiquants. Ce dernier est même allé dans l'espace avec un poste émetteur et l'a utilisé pour communiquer avec ses confrères restés au sol.
Mais d'autres adeptes sont venus des horizons les plus divers. De nombreux handicapés notamment des aveugles donnent ainsi une nouvelle dimension à leur vie. Pour Antoine, aveugle de naissance : <<Quand on est aveugle, c'est pas simple d'apprendre à bidouiller, mais c'est un plaisir si intense que j'en viens presque à oublier mon handicap.>> Il existe 2 associations de radio amateurs handicapés : l'Unaraf et l'Uniraf. Alors que la première est réservée aux aveugles, la seconde accueille en son sein tous les types de handicaps. Créée en 1963 et reconnue d'Utilité Publique en 1975, l'Unaraf compte 400 membres, organise des séances d'écoute collective et assure la formation.
Le rôle social des radio amateurs
Tout comme les cibistes, les radio amateurs jouent un important rôle social, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de nos frontières. Ils apportent également leur concours bénévoles aux centres de recherche spécialisés en météorologie ou en astronomie en leur fournissant des relevés d'observation : un travail de Titan que les salariés de ses centres n'auraient pas le temps de réaliser eux-mêmes.
Une association spéciale la Fédération Nationale des radio amateurs au Service de la Sécurité Civile (FNRASEC) participe depuis 20 ans à toutes les activités de sécurité civile au côté des sapeurs pompiers ou des secouristes de la Croix Rouge. Cette fédération regroupe 84 associations départementales et 2000 des 17 000 radio amateurs Français. Ils sont appelés en renfort par la préfecture ou le ministère de l'Intérieur en cas de danger (catastrophe naturelle, accident de train....). Grâce à leur fonctionnement en réseau et à leurs compétences techniques, les radio amateurs apportent une aide irremplaçable lors d'accidents collectifs avec de nombreuses victimes ou lorsque les structures de communication endommagées sont hors d'état de fonctionner. L'autre grande mission des radio amateurs c'est de localiser les avions ou des bateaux portés disparus.
Ceux-ci sont en effet munis de balises qui émettent un signal de détresse lors d'un naufrage ou d'un accident. Les radio amateurs de la zone concernée sont alors appelés. Grâce à leurs appareils radiogoniométriques ils localisent l'endroit précis d'où le signal de détresse a été lancé. Ce fût par exemple le cas pour le Crash de l'Airbus 320 sur le Mont Saint Odile en 1990.
Depuis 1985, une convention avec le Quai d'Orsay leur a également assigné une mission d'assistance aux opérations humanitaires. Tremblement de terre de Mexico, passage du cyclone Hugo dans les Antilles, révolution Roumaine.... Les radio amateurs permettent aux Organisations Non Gouvernementales présentes sur le terrain d'établir une liaison permanente avec n'importe quel point du globe et de transmettre en permanence des informations sur la situation locale.
LES ECOUTEURS:
Il vous est sans doute arrivé, vous trompant de bouton en allumant votre poste de radio de tomber sur des émissions étrangères provenant de pays frontaliers. Avec un matériel un peu plus perfectionné,c'est de tout les points de la terre que vous capterez des émissions : radio, stations maritimes, signaux horaires, radio télex, et mêmes émetteurs clandestins de la CIA....Si peu de cibistes deviennent radio amateurs, nombreux sont ceux qui pratiquent l'écoute, d'autant plus que cela ne nécessite aucune démarche administrative. On les appelle Shorts Waves Listeners ou Ecouteurs d'Ondes Courtes. Ils peuvent même se faire attribuer un indicatif officiel à l'instar des radio amateurs.
Contrairement à la CB qui se pratique avec un matériel de quelques centaines de Francs, cette écoute nécessite un matériel plus performant afin d'avoir accès à un nombre de fréquence beaucoup plus grand : entre 3 KHz et 300 MHz, voire 500 MHz. Pour optimiser la réception il faut de la précision, un scanner s'avère indispensable, il permet de jongler avec les milliers de fréquences existantes et de se fixer sur celle que l'on a choisie.
A chaque gamme de fréquences correspondent des radios et des continents différents. On distingue généralement les grandes ondes, situées entre 150 kHz et 520 KHz, les ondes moyennes de 520 à 1605 kHz et les ondes courtes entre 1605 et 3000MHz. Les premières sont réservées aux émetteurs de signaux horaires et au service maritime, les secondes aux émissions des radios Européennes. Les troisièmes permettent quant à elles d'avoir accès aux émissions des radios des autres continents. La majorité des écouteurs se consacrent à la réception des stations internationales, type Radio France Internationale, La Voix de l'Amérique ou radio Moscou. On recense plus de 200 stations de par le monde diffusant plus de 1500 heures par an de programme en Français. Dans les points chauds du globe(conflits armés, mouvements indépendantistes), on trouve également de très nombreux émetteurs clandestins. Tout comme les DXseurs les écouteurs peuvent obtenir un QSL de la radio qu'ils ont réussi à capter. Il leur faut pour cela envoyer un rapport d'écoute. Les écouteurs sont très appréciés des stations internationales : c'est grâce à leurs QSL et à leurs rapports qu'elles peuvent connaître la qualité d'écoute quelles offrent à leur auditeurs. Beaucoup d'entre elles organisent des émissions qui leur sont spécialement destinées.
Sachez que l'écoute permet de capter mille autres choses : les radio amateurs, le trafic aérien ou des stations maritimes, les images météo retransmises par les satellites, et même le bruit des étoiles.