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Adminet - JT007  

LA BATAILLE DES AUTOROUTES DE L'INFORMATION

Vers un village planétaire

Journal du téléphone Janvier 94

Doctor NO
sj@?.net

 

NDT: c'est en écrivant cet article à l'occasion des journées de l'IDATE que j'ai découvert Internet
 

Depuis la fin de l'année 93, Américains, Européens et Japonais se lancent dans le développement tout azimut de réseaux multifonctionnels pour accroître leur productivité. Il ne se passe plus un jour sans que l'on annonce une nouvelle alliance ou une nouvelle expérience : Autoroute Electronique Européenne, alliance entre Time Warner et US West, refonte de la législation Américaine sur les télécommunications. .... Les Européens vont devoir se battre pied à pied pour contrer l'hégémonie Américaine.

 

La décennie 90 va être celle du mariage entre l'audiovisuel et les télécommunications comme les années 80 avaient été celles de l'alliance entre informatique et télécoms. Annoncé déjà depuis une dizaine d'années les Autoroutes de l'information ont été rendues possibles par les récents progrès technologiques : numérisation, fibre optique, réseau à intégration de service, communication à très haut débit (ATM), liaison virtuelle, miniaturisation,.... Ces innovations permettent la transmission de données toujours plus importantes à un coût de moins en moins élevé. Actuellement il faut 13 heures pour transmettre la collection complète des 33 volumes de l'Encyclopedia Britannica, bientôt 5 secondes suffiront. Des opérations effectuées par seize supercalculateurs coûtant aujourd'hui plus de 320 millions de dollars seront bientôt effectués par des puces à moins de 100 dollars l'unité.

Vers un New Deal Electronique

Possédant d'ores et déjà une écrasante avance dans ce domaine, les Etats Unis viennent de mettre les bouchées doubles pour accélérer la construction de leur Autoroute Electronique.

L'Ancêtre et le modèle des Autoroutes Electroniques, c'est le réseau mondial Internet, créé il y a 25 ans sous l'impulsion du ministère de la défense Américain pour la recherche scientifique. NSFnet, sa partie Américaine, compte 2 millions d'abonnés et permet de se connecter a plusieurs milliers de banques de données, de publications électroniques ou de forums thématiques. Par comparaison, Renater, son homologue Français et un des seuls réseaux Européens opérationnels n'en totalise que 15 000.

On assiste également à un développement sans précédent des journaux électroniques. D'ores et déjà, grâce au serveur "America on Line" plusieurs dizaines des grands quotidiens Américains comme le "Time" ou le "Washington Post" sont immédiatement consultables sur écran dans leur intégralité et pour un prix modique.

Dès son arrivée au pouvoir l'administration Clinton a lancé un vaste programme fédéral, le "National Information Structure". Son objectif est de créer dans les 10 à 15 ans à venir une Autoroute Electronique, déjà baptisée "National Research and Education Network" 1000 fois plus puissante qu'Internet et à laquelle seront reliés tous les Américains et les réseaux d'ordinateurs. Alors qu'Internet reste centré sur la recherche et ne peut transmettre que du texte, ce super réseau concernera tous les domaines de la société et permettra la transmission d'image.

Pour atteindre cet objectif il faudra multiplier par 1000 la puissance de calcul du réseau Internet qui est pour l'instant de 1,5 mégabits. Ce qui signifie que des millions de kilomètres de câbles et de fils torsadés devront être remplacès par des réseaux de fibre optique.

D'ici 10 à 15 ans, tout citoyen Américain pourra ainsi avoir accès à tous les réseaux d'information disponibles dans le monde, choisir son programme TV grâce à son téléphone, lire sur écran son magazine préféré ou faire l'amour virtuellement. Le multimédia interactif aura aussi des applications plus pratiques : un malade du fin fond du Mississippi pourra consulter les plus grandes sommités médicales : ceux-ci pourront même grâce à une main virtuelle-un gant équipé de capteurs- l'ausculter à distance.

Les initiatives privées se multiplient également pour accélérer la synergie entre le câble et le réseau téléphonique: alliance en mai dernier entre US West, société spécialisée dans les télécoms, et Time Warner, premier groupe mondial de communication, pour mettre sur pied le premier réseau interactif international accessible par câble. Les Américains pourront dans les dix ans à venir disposer simultanément de plus de 500 chaînes de télévision. Un premier test est en cours sur la ville d'Orlando en Floride : Ces habitants n'ont qu'à appuyer sur un bouton pour avoir accès à une panoplie infinie de jeux vidéo, de films, de services de télé achat...

Un tel remue ménage ne va pas sans susciter des controverses: Jean Michel Billaut,[1] dénonce l'ostracisme des Américains qui mènent leurs projets sans aucune concertation avec les Européens, alors même qu'il s'agit d'un domaine d'utilité publique pour l'humanité. D'autres hurlent à l'invasion rampante et n'hésitent pas à comparer le programme Américain à celui des autoroutes Allemandes destinées à envahir l'Europe lors de la seconde guerre mondiale.

La nécessité d'une politique Européenne:

Malgré cette menace très concrête, beaucoup de chemin reste à parcourir pour engager l'Europe sur la voie des nouvelles technologies de l'information. Un groupe de professionnels des télécoms a lancé en décembre dernier le Manifeste de l'Arche[2] dénonçant "l'archaïsme et l'apathie des dinosaures de Bruxelles" et demandant la mise en place d'expériences pilotes, comme ce fût le cas voici dix ans pour le minitel.

Si les Européens, et notamment la France, ont toutes les capacités techniques nécessaires, le bât blesse du côté économique et politique. Euronet, programme Impact, réseau Ebone pour la recherche scientifique...Les projets de réseaux Européens existent depuis la fin des années 70 mais ils n'ont jamais reçu les soutiens politiques et budgetaires nécessaires à leur mise en place. Toutefois le vent semble en train de tourner comme en témoignent les propositions du Livre Blanc de relance de la dynamique Européenne rendu public le 10 décembre dernier.

D'énormes moyens financiers sont nécessaires pour la construction de ces réseaux du futur. Comme le souligna Jacques Carpentier, directeur de la DGXIII[3] au récent colloque de l'Idate, ce ne sont pas moins de 150 milliards d'écus qui devront être investi dans les 10 prochaines années. Selon des études menées par la CEE et présentées aux journées de l'Idate en novembre dernier, ce réseau suscitera une augmentation de 6% du PIB des pays de la communauté dans les 10 ans à venir en accroissant la productivité des entreprises d'environ 20%. Des perspectives alléchantes par les temps qui courent.

Alors que les Américains développent principalement le secteur des média interactifs, la politique Européenne s'appuie davantage sur les applications des Autoroutes électroniques dans les domaines de la formation, de la médecine et du télétravail. La DGXIII vient ainsi de lancer en septembre dernier le Programme de réseau-Européen à haut débit Betel, (Broad Band Exchange over Trans-European Links) : Transfert d'image à haute définition, Accès interactif à distance à des bases d'image vidéo, interconnection de différents réseaux, Calcul coopératif Intensif....Sa première application a porté sur un système de télé-enseignement entre l'université de Lausanne et la technopôle de Sophia Antipolis.

Autre initiative le RNIS Européen qui a été ouvert début de l'année . Il sera expérimenté grandeur nature au moment des jeux Olympique d'HIVER DE LILLEHAMER. Mais tout reste à faire par contre dans le domaine des médias où Américains et Japonais ont un monopole de fait : nous importons dèjà 13 fois plus de programmes audiovisuels que nous n'en exportons aux Etats Unis. Et ce n'était pas un des moindres enjeux du GATT que de permettre aux Européens de protéger leur embryon d'industrie multimédia.

Piaffant d'impatience devant la lenteur des réseaux officiels , une vingtaine de multinationales, comme Rank Xerox ou Philips ou ATT, se sont associées pour créer leur propre réseau, l'"European Virtual Private Network Association". Une initiative qui va leur permettre des liaisons plus efficaces et moins chères entre leurs différentes implantations.

Les enjeux techniques et économiques:

Les Autoroutes Electroniques vont modifier en profondeur l'organisation de la société. Pour Daniel J. Weitzner de l'Electronic Frontier Foundation [4]il ne fait même aucun doute qu'elles vont avoir un impact aussi important que celle qu'a eu en son temps l'invention de Gutenberg ".

Mais tout reste à faire pour que ces nouveaux réseaux jouent un authentique rôle social et ne soient pas simplement une pierre de plus dans la tourmente médiatico-économique. Certains sont optimistes et veulent croire comme Alain Carignon clôturant les 15éme journées de l'Idate,que "grâce à l'alliance des télécoms et de l'audiovisuel, culture, savoir, information et communication vont être à la portée de tous quand ils le veulent et où ils le veulent." Mais de plus en plus de voix s'élèvent aux Etats Unis pour dénoncer les processus de concentration économique et l'emprise des milieux financiers qui voudraient transformer la future autoroute électronique en simples robinets à média. "Ca ne sert par à grand chose d'avoir accès à 100 chaînes de télévision de plus, si leur qualité est de plus en plus mauvaise et transforment les téléspectateurs en zombis cybernétiques." Le développement des réseaux ne va pas sans poser d'insurmontables défis q matière de sécurité. On a déjà vu aux Etats Unis plusieurs cas de piratage de réseaux, contaminant plusieurs milliers d'ordinateurs et conduisant des entreprises à la faillite.

De plus les multinationales sont en train d'acquérir à prix d'or tout le patrimoine culturel de l'humanité pour le mettre sous forme électronique : A en croire certains, il ne sera même bientôt plus possible de voir un Matisse sans payer son obole à Bill Gates, le fougueux patron de Microsoft. Pour les spécialistes de Wall Street il ne fait pas de doute que tous les pouvoirs et tous les droits de diffusion seront bientôt concentrés entre les mains de 4 à 7 multinationales : il n'y aura alors plus aucune place pour les autres initiatives et la vieille Europe.

BIBLIoGRAPHIE:

Robert Chen: An Evaluation of the economic benefit of Narrowband and Broadband Communications December 1993 Electronic Frontier Foundation

Revue Réseaux : Le nouveau désordre mondial des réseaux Juillet 1991 Ndeg.48

Actes du 15éme colloque de l'Idate Montpellier 22-25 novembre 1993

Joël de Rosnay : Le cerveau planétaire Point Seuil 1986

Jean Michel Salaun & co : Télévision et téléphone : enquête sur une convergence Européenne CNET 93

UNE ADRESSE:

Electronic Frontier Foundation :

1001 G Street NW Suite 950 East Washington DC 20001 Etats Unis



[1] responsable de la communication Electronique à la Compagnie Bancaire

[2] publié dans "le Journal de l'Atelier" de la Compagnie Bancaire

[3] direction de l'information et de la communication de la CEE à Bruxelles

[4] (Etats-Unis), une association qui milite pour le développement des Autoroutes Electroniques,