Portrait de Benoît Hulin
Samedi, 3h30. Mes Air-Walk foulent lourdement les pavés, laissant derrière moi des petits nuages de poussière argentée. Ecrasant lâchement un mégot au coin de la ruelle des chats, mon oeil se réveille tel un chaman sortant de sa transe.
Il est là, à quelques mètres, accoudé sur le pas d'une porte. Ses mains écorchées forment un cocon autour de sa tête. Ses cheveux blonds reflètent la lune laissant entrevoir la forme bombée de son crâne. Un bandage à la cheville, une blessure au genoux, il relève la tête et je me perds dans le bleu de ses yeux.
Un bon mètre quatre-vingt, une corpulence généreuse,
un torse bien bâtit, des chaussettes montées aux
chevilles, une paire de lunette embuée, "Benoît
Hulin" se lève et nous échangeons une poignée
de main chaleureuse.
Il m'invite à prendre un verre que je ne refuse pas malgré
mon état avancé de fatigue. Son dernier match était
palpitant. De légères blessures ornent son corps
mais rien à comparer lorsqu'il a percuté la balustrade
de plein fouet deux années auparavant. Son coma oublié
et son coccyx réparé, il m'a alors dit qu'il continuerait
à jouer au hockey... il a tenu son pari.
Nous arrivons près du réservoir dogs, un lieu de rencontres fraîchement ouvert. Un partie de sa vie se reflète ici : ambiance de musique de film, décors directement tirés des scénarios de Tarantino, une flopée de copains au fond du bar, de la bière. Il me fait remarquer que cette ambiance le change des bars de Pontoise, lieu de son enfance. J'approuve.
Il est fatigué, les yeux tirés, la tête pleine d'images. Il va se coucher seul ce soir, sa mère étant de garde à l'hôpital. Son père travaille aussi. Il doit finir de configurer un réseau de fibre optique à l'Université de Technologie de Troyes. Etant ingénieur Telecom chez Alcatel, ils l'ont appelé pour mettre en place la vidéoconférence concernant le discours du Président Chirac dans deux jours.
Nous discutons abondamment de nos vies et de nos envies. Il fait bon, l'endroit est sain, Ben est plaisant ce soir.
Puis un ange se hâte; on nous fait signe, la nuit fait une pause. Le pub se meurt, le soleil est sur la route, la chaleur humaine se fond mais Ben reste souriant. Il m'invite alors chez lui pour regarder le concert à Central Park de Simon & Garfunkel. Cela fait trois mois qu'il m'a promis. Il doit aussi me raconter son voyage d'été aux Etats-Unis. Nous en parlerons autour d'une de ses spécialité culinaire : la marvandiotte.
Ses baskets noires et blanches attachées, il tire une cigarette de sa poche et me demande du feu. La soirée n'est pas finie, on a encore un peu de temps devant nous. Profitons-en...